Je sais, c'est inusuel, mais je vais commencer par parler d'un voyage. D'un voyage initiatique en pays Kwakiutl que ce film a fait ressurgir de ma mémoire. L'été 93, je découvris les îles de Colombie-Britannique à l'occasion d'un reportage. Au détour d'une route, au milieu d'une forêt millénaire magique, où certains arbres peuvent atteindre cinquante mètres de hauteur et plusieurs mètres de circonférence, apparaissait brutalement une coupe franche, due à l'exploitation forestière.
Je me souviens de la sensation de souffrance extrême que ces friches mortifères me causait. La forêt avait mal et je comprenais d'un seul coup la détresse des descendants des premières nations confrontés à cette folle logique du rendement. A l'époque, je parlais tellement mal l'anglais que j'étais un peu condamnée à m'indigner toute seule. Jusqu'à ce que je tombe sur le peace camp de Clayoquot sound sur l'île de Vancouver.
Des milliers de personnes venaient du Canada, des Etats-Unis pour protester selon les principes de la non-violence contre l'exploitation aveugle de cette rainforest tempérée dont l'écosystème est si important pour l'humanité. Des centaines de personnes se faisaient arrêter pour désobéisance civique non-violente.
Devant l'ampleur internationale du mouvement, le gouvernement canadien fut obligé de céder. L'année suivant, l'exploitation forestière chuta de 80% et il fut créé la charte environnementale et éthique qui la régit depuis.
En 2000, Clayoquot Sound fut classé Réserve de la Biosphère.
Un an avant ces évènements, une enfant originaire de Vancouver prenait la parole au sommet de la terre à Rio de Janeiro. C'était la première fois qu'une enfant s'adressait à la planète entière et alarmait l'humanité. Son nom ? Severn Cullis-Suzuki. C'est la force de ce discours qui est à l'origine du dernier film de Jean-Paul Jaud. Il lui donne l'envie de contacter la jeune femme. Quand il réussit, elle a 29 ans et attend son premier enfant. Pour le réalisateur de "Nos enfants nous accuseront", le cri d'alarme de Severn en 1992 a encore davantage de sens aujourd'hui. Et il décide de faire d'elle le fil d'Ariane de son film qui nous entraîne du Canada au Japon en passant par la France, à la rencontre de personnages attachants et de solutions qui changent le monde. Mention spéciale à la musique de ce documentaire et bien-sûr à Severn, si juste et si émouvante.
Le mot de la fin revient à Severn alors que la déforestation continue sur notre planète (entre autres choses), voici la dernière phrase de son discours aux dirigeants : "Vous continuez à nous dire que vous nous aimez mais je vous mets au défi, s'il vous plaît, faites que vos actions reflètent vos mots. Merci." Merci à toi. Aussi.
Severn, La voix de nos enfants, un film de Jean-Paul Jaud dans les salles actuellement.
www.severn-lefilm.com
Ajouter aux favoris
Bookmarker
Envoyer par mail
Rétrolien(0)
Commentaires (0)

Ecrivez un commentaire



