Créée en 2009, la série de documentaires des Artisans du Changement a lancé sa 2e saison au début de l'année 2011. Trente portraits de pionniers qui construisent un peu partout le monde de demain sont diffusés chaque semaine. Trente occasions de prendre courage et de s'inspirer ! L’UNESCO a accueilli la projection du premier film début janvier au cours d’une soirée illuminée par la présence d’Albina Ruiz, l’une des « Artisans du changement » de cette seconde saison.
Albina, la recycl-heureuse
Au Pérou, Albina Ruiz s'est attelée au traitement des déchets. Vaste programme puisque près de 20 000 tonnes de déchets sont générés chaque jour et à peine un tiers sont traités correctement. Dans un état corrompu, les services publics sont devenus fantomatiques et les quartiers-dépotoirs pullulent. Pour se donner un petit métier, des recycleurs avaient entrepris de ramasser ces déchets. Mais dans l'ombre, contrés (parfois violemment) par les officiels et autres, ces hommes et ces femmes n'avaient aucun statut avant qu'Albina, avec son ONG Ciudad Saludable, ne leur vienne en aide. Elle les incite à se regrouper, à s’organiser en micro-entreprises pour pouvoir vendre les déchets directement aux entreprises de recyclage, avoir accès au micro-crédit, obtenir du matériel adéquat, exercer leur emploi dans la dignité et améliorer la qualité de vie de tous. Débordante de vitalité, on dirait que rien n'arrête Albina, surtout quand elle réunit autour de la table des politiques et des recycleurs, demandant que chaque séance de travail se termine par un abrazo parce que, dit-elle, « en se prenant dans les bras, il n'y a plus de différence de classe, on est juste deux humains ».
Albina travaille avec acharnement sur la question des déchets depuis ses études à l’Université nationale d’ingénierie de Lima et a créé son ONG en 2001. Après la projection, encore sous le charme de l'humanité d'Albina, le maître de cérémonie a accueilli à bras ouverts la dame au sourire éclatant venue tout spécialement pour l'occasion... Les bras s'ouvrirent, le temps d'un abrazo aussi chaleureux que fraternel... Malheureusement nous ne sommes pas dans un pays du Sud et l'ambiance redevint rapidement très « française » pour ne pas dire super coincée : des analyses sur la vertu possible du capitalisme proposées par le philosophe Patrick Viveret, des critiques des progrès techniques portées par Elisabeth Laville, en compagnie du journaliste Yves Leers, du réalisateur Sylvain Braun et de Thomas Granier de la voûte nubienne, projet également présenté ce soir.
Au départ, l'envie vint aux journalistes et à l'équipe de production de LatoSensu de voir autre chose que la tonne de nouvelles déprimantes servies à longueur de journaux (télévisés ou autres...). Les voilà donc partis pour une première série de documentaires qui a aboutit en 2009 grâce au soutien de la Fondation Nicolas Hulot. L'équipe est motivée, les documentaires sont à la fois sobres et prenants. Il faut bien faire comprendre les particularités du terrain pour que les actions soient appréciées à leur juste valeur. Ainsi, on peut dire à toute vitesse : oh oui, plantons des arbres ! Mais en fonction du sol, de la tradition, des coutumels, quelle variété choisir ? Comment et à quel rythme les planter ? Pour quel usage au final ? Chaque enjeu environnemental est souvent complexe et l’équipe a su relever encore une fois le défi de la clarté pour cette 2e saison.
Le point commun entre tous ces artisans du changement ? Une bonne dose de bon sens et l’espoir de vivre un monde plus juste. Ils sont totalement dans la proposition concrète : ils re-créent ainsi de l'emploi, du sens, de la dignité et des activités locales en accord avec la nature. Bref, le genre de beauté qui sauvera le monde tant évoquée par Pierre Rabhi !




