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Plus fort et plus courageux

«Vous pouvez penser que vous êtes plus en sécurité en restant ainsi et en maintenant un statu quo.

Pourtant, la sécurité ne vient qu’en prenant des risques, en vous ouvrant et en découvrant toujours plus ce que vous êtes. Certaines personnes ont découvert qu’en essayant de conserver un environnement sûr et en évitant de prendre des risques, elles étaient encore plus effrayées et leur insécurité grandissait.

La peur diminue lorsque vous lui faites face. Vous avez peut-être remarqué que lorsque vous innovez, vous vous sentez plus fort et plus courageux dans les autres domaines de votre vie.»


– Sanaya Roman, Choisir la joie
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» Tendances - Kultura - Lundi, 23 Janvier 2012 18:31 Imprimer Par Odile Chabrillac
Henri Gougaud vient de publier un nouveau roman, "L'enfant de la neige" (Editions Albin Michel). Une magnifique histoire initiatique qui se déroule à la fin du 13ème siècle dans le Languedoc après l'Inquisition. Rendez-vous est pris dans son appartement parisien. Je prépare bien mon interview, lis et regarde tout ce qui a été dit sur ce maître conteur. Pour changer d'avis au dernier moment...

Finalement, en arrivant chez lui, je me rends bien compte que cet homme que j'admire est avant tout un poète qui nous parle de nous, de notre époque à travers des histoires métaphoriques. Et je lui dis, "Chiche ! si vous me refaisiez les Lettres à un jeune poète d'aujourd'hui ?". Henri Gougaud éclate de rire !

"C'est étrange, l'un de mes stagiaire a évoqué une idée similaire il y a quelques jours ! D'autant que c'est un bouquin que j'ai beaucoup fréquenté. Et comme j'ai un fils de 21 ans qui ne veut rien faire d'autre que de la musique. Alors voilà, si je devais actualiser le livre de Rilke, je l'appelerai Lettres à mon fils...

  - Si tu veux être artiste, cela implique une discipline de fer. Tu seras ton propre patron, donc un patron intraitable, à qui tu ne pourras pas mentir. C'est plus dur que d'être dans des rails, sois en certain. Mais tu peux le faire, si je l'ai fait...

 - Dans l'art et dans l'écriture en particulier, il y a un côté artisanal qu'il faut apprendre. Alors apprends-le !

 - Je suis un mec moral. Je ne suis pas très à la mode. Tu vas acquérir la maîtrise d'un outil qui s'appelle la parole. Ce talent, tu vas alors le mettre au service de quoi ? Poète, écrivain, conteur, pour moi, c'est la même chose. J'ai cultivé cet outil, j'en ai un maniement assez aisé, mais pour quoi ? C'est la question morale. La question s'est posée tôt pour moi : j'étais étudiant, j'appartenais à un groupe de potes, plus ou moins poètes, plus ou moins prétentieux. L'un d'entre nous s'est suicidé à la surprise générale. Il lisait un livre et nous avait informé qu'à la fin de ce livre, il se suiciderait. Je me suis dit, ce livre ne l'a pas empêché de passer à l'acte. Non seulement ça, mais il l'aurait plutôt encouragé... J'ai alors passé un pacte avec moi-même : je vais forcément être le plus grand poète du monde, donc je choisis de servir la vie. Je veux transmettre une idée dans mes livres : attends au moins demain avant d'attenter à tes jours. Je ne sais pas si j'ai raison. Je sais que c'est le choix que j'ai fait. D'ailleurs, je l'ai également dit à mon fils : quel maître choisis-tu de servir ?

 - Pourtant, je suis un libertaire - sans Dieu, ni maître... La liberté des autres m'est sacrée. Dans la mesure où la mienne l'est. En atelier, en stage, tout mon souci est d'amener mes élèvrs vers leur propre nature, sûrement pas de chercher à ce qu'ils écrivent comme moi. L'anarchie, c'est la poésie en politique, la créativité désintéressée. Créer n'est pas un acte intéressé. Le désir premier n'est pas celui de l'argent. Mais bien d'être poussé par une sorte de nécessité. Et si on faisait ça, vivrait-on mieux ensemble ? Je pense qu'il y a deux valeurs opposées, l'amour et le pouvoir, sans jugement moral, elles ne sont pas conciliables. L'amour, c'est l'attention à l'autre, le désir... Dans la vie, il n'y a pas beaucoup de principes, mais lorsque tu en as, tu t'y tiens. Comme une hyène, sans transiger, avec acharnement. Pour tout le reste (les relations sociales, même familiales...), tu peux transiger. Mais sans te mentir à toi-même. Tu peux mentir à condition que tu saches que tu mens. Le pire, c'est de se mentir à soi-même.

 - Pour moi, les choses ont été assez fluides, j'ai eu des parents sympas. J'étais un étudiant toulousain pendant la guerre d'Algérie. J'écris alors beaucoup de poèmes, des chansons... Tout était déjà en place. Je m'en aperçois avec le recul. La rencontre avec un prof spécialiste des troubadours, ma grève de la faim pour ne pas être incorporé dans l'armée, mon départ pour Paris avec mes chansons. Mon père qui me dit de faire mes expériences. Et voilà ! Je suis passé à l'Ecluse dont je rêvais, j'ai alors passé mes plus belles années fauché comme les blés ! Je  ne dira pas que c'était une période de vache enragée : la vache était délicieuse et rare. Ce n'était ni douloureux, ni terrible, ni dur. Pour vingt balles par jour, j'ai vécu de poésie pendant des années. Et ça, ce n'est pas donné à tout le monde ! Les intermittants du spectable, tout ça, ça n'existait pas. On faisait la manche ou on travaillait...

 - Un artiste est plus sensible que d'autres à une sorte de climat.. Moi, c'était le climat gaulien, assez  pourri, avec la télé verrouillée. J'ai eu des chansons interdites d'antenne : il suffisait qu'il y ait un mot pas comme il faut : Haschish, par exemple. Ca encourageait une révolte plus ou moins larvée, qui a amené mai 68. Aujourd'hui il y a largement aussi de quoi nourrir sa révolte. "Indignez-vous", c'est un peu trop gentil. Un peu pâlot. "Révoltez-vous", aurait été plus adéquat selon moi.

 - Je suis un amateur, un admirateur de la littérature populaire. Mon diplôme portait sur les feuilletonnistes du XIXème siècle... Eux devaient pondre leur copie tous les jours et tenir les lecteurs en haleine pour qu'il rachète le journal le lendemain. Je tiens à la politesse, à intéresser les personnes qui nous font l'honneur de nous écouter, de nous lire. Nous avons des devoirs. Le premier : Que celui-là ne s'ennuie pas.  Pour ça, il y a des trucs, des techniques de récit. J'ai toujours fait un scénario avant d'écrire un roman. J'articule chaque chapitre pour qu'il tienne le lecteur et je dis des choses qui me tiennent à coeur, que je crois juste. Que soit transmise mon expérience de la vie. Qu'est-ce que je peux faire d'autre ? Chez les Peuls, à 63 ans, l'homme peut s'asseoir sous le baobab et faire profiter les autres de sa vie. Moi, je suis un raconteur d'histoires, contenant autant de sens que possible. j'espère qu'elles font du bien aux gens à qui je les adresse : faire plaisir, émouvoir, si possible faire du bien. Faire bouger la vie de quelques personnes.

 - Après la dernière relecture d'un de mes ouvrages, je me demande : est-ce que tu as fait aussi bien que tu pouvais faire ? Si oui, je n'y pense plus et j'essaie d'être dans un autre projet, pour ne pas me laisser engloutir par le destin éventuel du livre, qui est en train de rencontrer des gens. Je ne fais pas ça pour être célèbre, je fais ça parce que c'est le plus beau métier du monde. Tout métier choisi est le plus beau, car il ne nous fait pas esclave. J'ai fait au mieux pour le projet que j'avais envie de servir. Si en plus, je suis flatté, adulé, riche, entouré, je ne dis pas non ! Mais ce n'est pas après ça que je cours. A l'arrivée, ça va : j'ai vécu de ce que j'ai écris, je crois avoir une chance inouïe. Le mec, il écrit et raconte des histoires. Et on me paie pour ça !!!

L'enfant de la neige

Au XIIIe siècle, Jaufré, un enfant abandonné trouvé dans la neige, a été élevé par la nourrice Thomette comme son propre fils. Éduqué par Aymar, prieur du monastère de Pamiers, le garçon devenu troubadour revient après sept ans d’absence dans ce gros bourg cathare du Sud-Ouest, aux habitants hauts en couleurs. Le sens des énigmes douloureuses qui hantent les ruines du château, les caves du monastère, un mystérieux manuscrit hérétique et l’esprit des gens du lieu… tout débouche sur le secret de ses origines.

Écrit dans un style lumineux et élégant, ce roman  aux personnages attachants nous mène de surprise en surprise dans une époque passionnante où se côtoient les ténèbres (l’Inquisition et ses tortures) et la clarté (l’amour salvateur).

Avec ce roman initiatique et historique, Henri Gougaud nous plonge dans une atmosphère médiévale, entre mysticisme et truculence.

"Ce livre est parti d'une sorte de défi. Un ami m'a dit que j'écrivais toujours le même livre, des histoires de voyage. J'ai voulu le faire mentir : je suis parti sur l'idée d'un huit-clos, d'un polar, avec un meurtre... Un polar autour d'un manuscrit mythique du moyen-âge qui s'appelle 'Les trois imposteurs" et qui semble n'avoir finalement jamais existé. Ainsi est né cet enfant de la neige au coeur de ce monde qui se termine, cette société qui se délite, se défait. Tel un écho à notre monde d'aujourd'hui..."


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