Épisode un : la sodomie, fantasme masculin ?Les plaisirs de fesses sont toujours tabous. Parce qu’ils touchent à l’analité, ils sont associés aux excréments et à la saleté. Parce qu’ils détournent l’anus de sa fonction naturelle de déjection pour en faire un usage sexuel par la pénétration, ils sont vus comme contre-nature et douloureux souvent liés à des pratiques avilissantes ou violentes.
Or les études sur la sexualité des Français* montrent que la sodomie tend à se développer. Quels regards portons-nous sur cette pratique aujourd’hui entre fantasme, mode pornographique, ou réel partage ?
Invitation au voyage en compagnie de Nathalie Giraud co-auteur avec Hilda Hutcherson de « Plaisir, manuel pratique du sexe à l’usage des femmes …de toutes les femmes ».
(Ed Leduc).
Au-delà du porno : la réalité !
Si la sodomie tend à se « démocratiser » (37% des Françaises et 45% des Français confirment l’avoir pratiquée, contre respectivement 24% et 30% en 1992), il apparaît que bien peu de femmes semblent en avoir tiré du plaisir.
Ce n’est pas très étonnant pour Nathalie Giraud car, chez les jeunes notamment, « l’impact de la pornographie fausse le jeu ». En effet « ce référentiel n’insiste que sur le visuel représentant des actes à froid, banalisés, souvent compulsifs, sans préparation », pratiqués dans la domination. « On ne voit pas les préparatifs peu glamour des actrices pour se dilater » ! Or la vie n’est pas un film porno.
« Ce qui me frappe, dit Alice, c’est qu’on envisage la sodomie du point de vue de l’acte et pas du point de vue de la relation qui l’accueille. Or sodomiser l’autre ou se laisser sodomiser n’a de sens que dans ce lien unique qu’on a avec son partenaire ; c’est une façon d’être en relation très intime, très belle …quand la relation l’est ! »
N’oublions pas, ajoute la spécialiste, que « la sodomie tire son nom de la ville biblique de Sodome, lieu de tous les vices, » et qu’elle est étymologiquement associée au poids de la faute et du péché, « notre imaginaire collectif inconscient est déjà entaché, la concernant, d’un a priori négatif très puissant. »
Approche de la zone interdite
« L’anus, c’est trop perso pour se donner à n’importe qui », dit Solène et « s’il m’arrive de permettre l’accès à cette zone interdite, ajoute Assia, je ne le fais pas parce que l’autre le veut, ou parce que j’ai besoin qu’il m’aime ou parce que c’est la mode ! La sodomie, c’est seulement si j’ai envie ! »
C’est l’une des règles de base ajoute Nathalie Giraud : « Ne jamais se forcer, car ce qui fait mal une fois, le corps ne l’oublie pas et la seule pensée qu’il puisse avoir mal ultérieurement suffit à le tendre. »
En outre, pour se sentir bien avec cette pratique, l’hygiène et la sécurité sont essentielles . « Je suis accro à la propreté, ajoute Assia, la douche à deux, c’est mon rituel et ça garantit l’hygiène des deux en plus des caresses! Pas besoin d’aller jusqu’au lavement. Sinon, j’ai des préservatifs pas loin ! »
« La deuxième règle, c’est de ne pas se programmer pour cela, mais de faire confiance au désir et de porter l’excitation à son comble » de sorte qu’elle irradie du clitoris via le périnée jusqu’au vagin et à l’anus.
« Car l’anus, ajoute Nathalie Giraud, est une zone érogène en soi, sensible aux caresses », et anatomiquement relié aux muscles qui soutiennent le plancher pelvien et urogénital, socle de notre anatomie, zone de toutes les alchimies sexuelles, digestives, urinaires et énergétiques… « chez l’homme, comme chez la femme ! »
« J’ai découvert la sodomie, ajoute Marie, avec un amant rassurant qui passait des heures à me lutiner : avant lui, le plaisir n’allait pas jusqu’à l’anus. C’est sa langue, ses baisers, ses doigts en pressions douces autour de mon trou qui m’ont donné envie de lui prêter mes fesses ». Il est indispensable de prendre son temps, de ne créer aucune pression psychologique. Une approche, progressive (de plusieurs jours à plusieurs semaines parfois ) et ludique, ira des plis entourant l’anus à l’anus lui même, en humectant largement la zone de salive, en jouant avec la langue, les lèvres, puis les doigts en stimuli doux ou plus appuyés sans entrer d’abord, et sans oublier de caresser fesses, hanches, sacrum et d’autres zones érogènes !
Un lubrifiant appliqué sur le sexe et dans l’anus, pour plus de confort, aide à la pénétration. Précipitation et violence sont à proscrire absolument et la douleur est un signal d’arrêt immédiat. « Autant, avoue Adèle, je peux jouir analement quand titillée copieusement des doigts, autant mon corps refuse la pénétration. L’endroit est pour moi trop étroit, plissé et fragile, fait pour expulser et non pour accueillir. Je souffre et n’ai aucun plaisir »
Refuser la sodomie n’est pas forcément un signe d’inhibition mais d’écoute de son propre désir et plaisir, seuls véritables critères de référence. Là encore le respect de l’autre mais aussi de soi, est incontournable !
Une projection masculine ?« Je m’interroge, dit Héléna, car ce sont toujours les hommes qui sont demandeurs et moi, pas toujours prête à ça : c’est plus simple pour eux, non ? »
Souvent liée à un désir masculin de pénétration plus intime, la sodomie suppose un contact plus fort avec la capacité de don ou d’abandon de l’autre. « Quand ma femme m’ouvre son cul, dit Pascal, j’en jouis presque d’avance car là, je sens qu’elle se donne vraiment ! »
La pénétration anale serait-elle plus impliquante, et preuve d’un don suprême à l’autre ? « Dans l’anus, ajoute Serge, qui est plus étroit que le vagin, mon sexe est si comprimé que toute ébauche de va et vient est excitante : et puis c’est tabou ! ». Les projections pour le pénétrant sont plutôt valorisantes car liées à un jeu de transgression qui se double du plaisir des yeux. « Voir ma belle à quatre pattes, la croupe offerte, c’est incroyablement bon ; la prendre par l’anus, lui offrir un plaisir différent par cette pénétration, c’est mon but, conclut Tom. »
Encore faut-il que, dans le jeu du « donner » et du « recevoir », les élans se rejoignent et se conjuguent. La faculté de s’ouvrir et de se donner aussi organiquement et intimement n’est pas si simple pour Nathalie Giraud, « elle fait appel à la grande force d’ouverture, d’accueil, de lâcher prise du Féminin » en écho à celle, du Masculin, qui serait d’être à l’écoute, pour mieux donner, d’offrir la sécurité et le respect qui appellent la pénétration …
C’est peut-être ce qui se joue dans la sodomie parce que la pénétration n’est pas anodine. Comment puis-je accueillir vraiment l’autre au plus intime de moi ? Et comment puis-je investir cette place forte sans la forcer, justement ? Le Voyage ne fait que commencer…
*Enquête « Contexte de la sexualité en France » réalisée en 2006
Nathalie Giraud a créé le site « Piment Rose » et anime un blog visant à proposer une vision ludique, légère et dé-tabouisée de la sexualité :* site : http://www.pimentrose.biz et blog : http://nathalie.pimentrose.net . Pionnière des réunions tuperware sexy dans le Sud-Est de la France, elle a adapté pour la France le livre de la gynécologue américaine Hilda Hutcherson. Elle participe à différents congrès médicaux apportant une parole claire, directe et décomplexée au sein de débats entre spécialistes de la sexualité.
Conseils en plus : Pas de sodomie en cas de fissures anales, d’hémorroïdes ou autres fragilités du rectum. Préférer un lubrifiant à base de silicone et non gras compatible avec les préservatifs. Et surtout pas de pénétration vaginale après une pénétration anale pour éviter de transférer des germes éventuels de l’anus au vagin. La toilette ou le changement de préservatif s’impose !
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