L’orgasme féminin ? Il est cérébral avant toute chose. C’est un mécanisme psychologique particulier à l’intérieur duquel la femme décide d’accepter son ressenti et ses montées de plaisir. On peut dire qu’elle se « donne l’autorisation » à la jouissance.
On peut comprendre les mécanismes de l’orgasme masculin. C’est, d’ailleurs, un orgasme qui se voit ! L’éjaculation en est la marque, le signal et le symptôme. Le lien avec la procréation est évident. Jouir, pour un homme, c’est, toujours, consciemment ou inconsciemment, tenter de continuer l’espèce.
Jouir au féminin
Pour la femme, il en va autrement. Sa jouissance ne s’accompagne pas de manifestations physiques extérieures directement visibles (sauf pour les femmes-fontaines, relativement rares). Et elle ne jouit pas qu’avec ses centres génitaux. C’est tout le corps qui semble engagé dans le processus, l’orgasme féminin étant aussi bien déclenché par l’excitation clitoridienne, que vaginale, anale, labiale, mammaire ou mentale. Autant de « gâchettes » possibles !
Qui plus est, la femme est multi-orgasmique. Trois orgasmes successifs sont normaux, fréquents et possibles. Et il peut en exister beaucoup plus en fonction du climat général de l’acte sexuel et de l’engagement et physique et psychique du moment !
Chacun de ces orgasmes est différent. Cela peut être violent, rapide, long, étonnant, banal, cosmique, sublime, libérateur… Cette multi-orgasmie est déroutante pour les hommes. Elle l’a toujours été. Ce « continent noir » dont parlait Freud laisse entendre qu’à un moment donné les commentateurs n’ont plus de mots, d’idées, de concepts pour dire ce qui est.
Là où les mots manquent…
Lorsque j’interroge des femmes sur ce qui se passe pour elles au moment de l’orgasme, les mots manquent. C’est le regard qui parle ou le corps entier qui cherche à se faire comprendre à travers des mimiques souvent suggestives ! Et c’est le regard qui part vers le ciel comme si l’orgasme était une manière d’interroger un monde placé en haut ou de participer à ce monde. On pourrait dire, aussi, que l’orgasme féminin, c’est justement ce monde-là : un ciel du dedans projeté au dehors. Ou un ciel du dehors intégré, ingéré. Il n’y a ni clitoridiennes, ni vaginales, ni anales, ni labiales, ni mammaires… Il y a le plaisir féminin toujours en acte et en action. Ce plaisir est mental, déroutant, impulsif, tellurique et cosmique à la fois.
Ce n’est pas tout : l’orgasme féminin ou tout au moins la recherche de l’état orgasmique chez les femmes commence après le premier orgasme. Pas facile à accepter pour de nombreux hommes qui pensent avoir terminé une relation sexuelle après leur premier (et, parfois, seul) orgasme perso. Le premier orgasme féminin est l’entrée dans la lisière, c’est ensuite que commence l’aventure. Le corps est ouvert, il est prêt à risquer plus à s’écouter mieux, à augmenter encore et encore sa vibration pour se hisser sur les hauteurs de la montagne.
Au-delà du génital
Là où l’homme dit « cessons ! » la femme dit « encore » ! Après s’être exposée dans sa fragilité, elle s’installe dans sa force sauvage. Le spectacle est étonnant. Il renverse les barrières, soulève des torrents, laisse les volcans s’ouvrir et déverser leurs forces et leurs puissances. De nombreuses femmes touchent à cet état au-delà du génital, en lisière du spirituel. Mais il faut bien le dire, beaucoup ne l’atteignent pas. Ce qui semble certain c’est que, même non atteint, cet état, ce lieu où « tout vibre de façon supérieure » est pressenti comme faisant partie intégrante du sexuel au féminin.
La jouissance féminine est « un autre monde » pour les hommes. En somme, et là encore les paroles de femmes nous le confirment, l’orgasme est une initiation. Un moyen de se saisir dans son axe et sa périphérie. L’alpha et l’oméga de l’Etre.
Si l’on s’en tient à la seule définition du dictionnaire (reprise, d’ailleurs par de nombreux sexologues !), il est dit que :: « l’expérience orgasmique est interprétée pour l’instant en terme de désynchronisation épileptoïde localisée à l’amygdale de l’appareil limbique et diffusant au niveau préfrontal. Cette désinhibition dépend de l’intégrité des arcs réflexes qui innervent notamment le clitoris, le fascia de halban entre parois antérieures vaginales et trigones vésicales équivalent du corps spongieux de la verge, et de la perméabilité des voies médullaires. » Cette définition a le mérite d’être précise et, surtout de ne permettre en aucun cas de saisir ce dont il est question !




