Si les règles, ou menstrues, rythment de façon évidente la vie du corps féminin entre adolescence et ménopause, la façon dont sexualité et menstrues s’apprivoisent dans la vie sexuelle reste secrète.
Qu’en est-il du sexe pendant les règles ?
Comment est-il perçu par l’un et l’autre sexe ?
Mona Hébert, gynécologue, homéopathe et auteur de « La Médecine des Femmes » aux éditions du Roseau, vient éclairer les témoignages des unes et des autres.
Les menstrues : l’œuvre au rouge
Ce qui frappe alors, c’est la récurrence, chez les femmes, d’un vécu de transformation par le sang.
Pour Solène, c’est « une alchimie au creux de soi », pour Cécile « un maelstrom de sensations », et Anne d’ajouter : « ça tire, gonfle, se crispe : c’est progressif et douloureux » avant que le sang ne vienne « libérer toute cette tension ».
Et il n’y a pas que dans le ventre que la tension opère. « Mes seins sont granuleux, douloureux » ajoute Sylviane, et « moi, dit Annie, je souffre souvent de fortes migraines, très invalidantes : je dois m’isoler dans le noir, au calme : pas facile avec trois enfants, un mari et un boulot !! ».
Pour Mona Hébert, « ce repli sur soi lors des menstruations est essentiel et naturel ; bien des maux féminins naissent de ce que la femme est coupée, tiraillée hors d’elle même alors qu’elle accouche d’un nouveau départ chaque mois ». L’ouverture à un autre que soi, alors, n’est pas forcément opportune.
« Pendant ses règles, dit Josef, je me mets volontairement à son service : pas de sexe, plutôt des massages, caresses, partages… Elle apprécie! Du coup, on a un autre lien, on fait avec les règles et pas contre elles. »
Fascination ou dégoût ?
« C’est fou mais pendant ses règles, dit Michel, je la trouve très « puissante », elle a un lien très animal à sa féminité et assume le processus en célébrant ce passage ; je trouve ça beau ! »
Les cultures anciennes (notamment amérindiennes…) encore liées au matriarcat reconnaissaient aux femmes traversées par les menstrues une puissance énergétique en écho à la force régénératrice de la Matrice, de la Terre Mère :
« Elles étaient entourées, initiées par les anciennes, libérées des charges matérielles afin d’être complètement en contact avec le processus à l’oeuvre dans leur corps, ajoute Sabine. Alors moi, je le fais pour moi, j’honore mon ventre et tout mon être à cette période ».
Ce respect du Féminin, lié au respect dû à la Terre, rejaillissait sur la tribu reliée à ce cycle vie, mort, renaissance.
C’est avec l’émergence du patriarcat que les cultures traditionnelles ont posé sur le sang des menstrues « un regard négatif » reléguant la femme à la souillure et, ajoute Mona Hébert, « le poids culturel et religieux pèse encore très lourd sur les femmes ET leurs compagnons. »
« La première fois que j’ai osé faire l’amour pendant mes règles, avoue Charlotte, j’avais peur de salir les draps, de salir mon ami, de tacher, de sentir trop fort, d’être vue comme quelque chose de sale qu’il fallait cacher et qui n’avait pas le droit au plaisir ; et ça me remue encore ! »
« J’avais un amant que je voyais une fois par mois, au hasard de ses missions. Et voilà qu’à notre rendez-vous, j’ai mes règles…, raconte Caroline. D’abord contrarié, il se met en colère et éclate : « Mais tu le fais exprès ou quoi ? » Pas simple d’admettre que je me sentais coupable, tout en étant révoltée par sa réaction ! »
Le sang initiatique
Loin d’être anodin, ce moment où le sang investit le lit des amours est révélateur de la façon dont chacune investit sa féminité et chacun contacte sa masculinité.
« Je me souviens, dit Yann, du choc devant mon sexe rougi, et cette odeur légèrement âcre du sang… C’était impressionnant et tellement là : pas si simple ! »
Pour Mona Hébert, « la femme, seul être qui saigne sans mourir » est initiée, de fait, à « la dimension organique de la Vie ».
Cette expérience n’est pas naturelle pour l’homme qui fait, lui, couler le sang par le glaive et la violence : « Avec le sang des menstrues, il contacte la Vie d’où elle vient, du dedans ! »
Parfois cette période d’ouverture est si profonde pour la femme que son vécu sexuel est exacerbé. « C’est pendant mes règles, avoue Simone, que j’ai le plus envie de faire l’amour! Je me sens tellement femme : humectée et vivante de l’intérieur, en confiance grâce au sang. »
Enfin, se connecter à la Vie par son flux, ouvre la porte de nos mémoires primitives : « En voyant nos bas-ventres rougis, son sexe en sang qui revient vers mon sexe, ajoute Sophia, j’ai eu un flash. Dans mes yeux: une scène inconnue, un homme qui n’est pas mon homme, son sexe en viol, son sexe maculé du sang d’une femme inconnue… Sentiment de malaise indicible, je suis en suspension entre deux réalités : collision entre deux espaces ? C’est mon homme qui m’a ramenée à nous, sentant que je décrochais : j’ai parlé, évacué. Après, ce fut magnifique : de nos corps à nos âmes ! »
Faire avec le désir et le sang en respectant le vécu de chaque femme, c’est renouer avec le cycle de la vie pour, ensemble, tisser les fils de nos différences au coeur même d’un processus organique et amoureux : voilà peut être l’aventure spirituelle à vivre avec les menstrues !
Mona Hébert se consacre à la santé des femmes au sein de son cabinet à Montréal. Elle propose un autre regard sur la féminité et le soin pour permettre à chaque femme de décrypter « le langage génital, et percevoir ses messages codés ». Elle nous invite « à découvrir une médecine simple et proche de nous pour devenir, peu à peu, des expertes de nous mêmes ». Elle anime aussi régulièrement des stages en France en lien avec la santé et la féminité.
Site de Mona Hébert : www.lamedecinedesfemmes.com
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