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Plus fort et plus courageux

«Vous pouvez penser que vous êtes plus en sécurité en restant ainsi et en maintenant un statu quo.

Pourtant, la sécurité ne vient qu’en prenant des risques, en vous ouvrant et en découvrant toujours plus ce que vous êtes. Certaines personnes ont découvert qu’en essayant de conserver un environnement sûr et en évitant de prendre des risques, elles étaient encore plus effrayées et leur insécurité grandissait.

La peur diminue lorsque vous lui faites face. Vous avez peut-être remarqué que lorsque vous innovez, vous vous sentez plus fort et plus courageux dans les autres domaines de votre vie.»


– Sanaya Roman, Choisir la joie
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» Sexo - Plaisirs - Dimanche, 12 Juillet 2009 13:48 Imprimer Par Anna Veyrenc

Voyage aux Origines de nos croyances sur le corps, le sexe, et la femme.

Episode 1: Le sexe selon Eve

Parler de sexualité, c’est toucher à la part invisible de nos conditionnements et de nos croyances, que ce soit en terme de corps, de sexualité et bien sûr de rapport entre Féminin et Masculin. A force de se croire “libéré sexuellement”, ou de consommer du sexe comme par défi, il semble que l’on minimise l’impact de plusieurs millénaires de Judéochristianisme et de Patriarcat conjugués, au moment d’inventer une nouvelle sexualité.

Que cache donc notre vision judéo-chrétienne du corps et du sexe, en particulier du sexe féminin? Quelle place a le désir féminin dans la culture patriarcale qui reste la nôtre, même si elle s’en défend? Peut-on nier l’influence de conditionnements millénaires, qu’ils soient religieux et culturels, sur notre présent?


Nourris des recherches avant gardistes de Françoise Gange*, philosophe, diplômée en sciences sociales, qui depuis plus de 20 ans effectue un travail phénoménal de décryptage des textes bibliques et des mythes fondateurs de notre patrimoine, entamons un voyage aux sources de notre identité. Et ce afin de mieux comprendre la culture patriarcale dont nous sommes issus, et de chercher à inventer une nouvelle ère relationnelle entre féminin et masculin.

Eve, la femme domestiquée

La Bible* (Bible de Jérusalem ed Desclée de Brouwer Gen II, 7-23) nous offre deux récits de la Genèse. Or l’Eglise a choisi de mettre l’accent sur le deuxième, où la femme, Eve, est créée en dernier lieu, à partir d’une côte d’Adam, créé, lui, le premier, avant tous les autres êtres vivants. “ L’ensemble de la Création est placée sous le signe du viril : c’est Adam qui donne un nom à toute chose. La femme est créée en dernier lieu, et apparaît subordonnée à l’homme, comme une aide” note Françoise Gange.


Comme femme, je porte cette pression insidieuse, dans ma sexualité, dit Malia, j’ai souvent l’impression d’être un objet sexuel au service de M. Phallus. Refuser quand il a envie, ce n’est pas facile! ”. “Moi, dit Anne, j’ai vécu avec un mari qui bossait comme un fou et vivait sous pression au boulot. Le sexe était son excutoire, il fallait que la pression sorte, il avait “envie” tout le temps: j’avais l’impression d’être une sorte de réceptacle à sperme, de devoir recycler sans cesse ses poubelles énergétiques, et que c’était normal!

Pour Françoise Gange, “faire débuter l’histoire de l’humanité par le mythe d’Adam et Eve installe l’idée que la situation inférieure de la femme est fondée, en nature autant qu’en raison, puisque depuis les origines, la femme est nécessairement dominée et subordonnée à l’homme” et à son désir !
Pendant plusieurs millénaires, elle n’a n’existé qu’au service de l’homme et des valeurs masculines de pouvoir, de fécondité et de richesse : elle constitue, dès lors, une valeur d’échange, une servante affiliée à l’intendance, une pourvoyeuse de plaisir sexuel masculin, puis d’enfants, lesquels n’ont néanmoins de valeur que reconnus par le père. Notre culture porte encore ces valeurs même si elles semblent émoussées en surface, elles restent actives… inconsciemment.

A femme domestiquée, sexe sous contrôle!


Une femme libre sexuellement, c’est rare, lance Nadine. La pression reste énorme d’appartenir à un cadre sexuel normé. Pensez seulement à la dictature du lit conjugal!
Et si elle ne vit pas en couple? Et si elle n’a pas d’enfant? Et si elle est mère, peut-elle avoir une sexualité libre?
Bien souvent, dit Lila, une mère appartient à sa famille: on a du mal à accepter qu’elle puisse avoir des aventures multiples tout en ayant des enfants et un mari!
Si elle sort du cadre, bonjour les jugements: vicieuse, putain, salope…on y vient vite
”.
Pour moi, ajoute Sonia, la pression s’exerce aussi quand les diktats extérieurs me disent quand, comment, et combien de fois jouir pour être dans la norme. Mais quelle norme? Celle qui met mes désirs en soumission d’une référence extérieure? Je dois être validée ou normée? Ça me pèse autant que la vieille morale des familles!

Femme tentaculaire Car c’est bien cette force originelle sexuelle qui sommeille en toute femme que le patriarcat a assujetti dès la fin de l’âge de Bronze et qu’il craint toujours. Pour Françoise Gange, le mariage patriarcal, forcé le plus souvent et dissocié de l’affect pendant des millénaires, “a effacé la lignée maternelle fondée sur la nature, pour la remplacer par la filiation paternelle,” les enfants appartiennent à l’époux.
Cette étape est fondatrice selon Françoise Gange, car elle impose que le mari contrôle la sexualité de sa femme.
Dès les origines bibliques, la polygamie concerne l’homme, la monogamie la femme. Car le fondement de la morale patriarcale nécessite une canalisation vers l’époux des appétits sexuels de l’épouse pour que l’homme soit assuré qu’il est bien le géniteur et que sa lignée est féconde.”

Un monde en dualité

L’autre force de l’ordre patriarcal, c’est d’avoir imposé “la séparation rigoureuse des sexes” et leur hiérarchisation : or c’est ce dualisme qui fonde “l’obstacle majeur à la recomposition de l’être humain” pour Françoise Gange.
De là découle cette dualité essentielle à l’ordre patriarcal qui n’envisage l’opposition qu’en terme de dévalorisation de l’un (Féminin) au profit de l’autre (Masculin), dévalorisation visible dans les Écrits de Paul, Pierre, ou des Pères de l’Eglise.


Or d’ autres cultures envisagent différemment cette double polarité. Pour un Oriental, le Yang n’est pas meilleur que le Yin, le corps pas plus sale que l’esprit, la sexualité participe à la santé : la Vie étant le résultat de la danse équilibrée de ces deux pôles essentiels.
Avec le patriarcat s’instaure la grande séparation : le bien s’oppose au mal, et respectivement le haut au bas, le pur à l’impur, l’esprit au corps, le spirituel au charnel/sexuel…et le Masculin/dominant au Féminin/servant: “Le chef de tout homme c’est le Christ, le chef de la femme c’est l’homme, le chef du Christ, c’est Dieu” dit Paul (I Co XI, 3)
Au premier reviennent les aspects positifs, au second les aspects négatifs, ce que les cultures judéochrétienne et classique ont cherché à pérenniser.
Il n’y a qu’à voir, dit Annick, la méconnaissance incroyable que nous avons de la puissance énergétique de notre corps et de notre sexualité ! Dans ces domaines, on ne constate aucun progrès, les cultures anciennes étaient plus avancées.”


La notion de péché n’existait pas et le corps, comme le sexe, était sacré car relié à la Création de toute Vie
.


Je le dis: je me sens sale, témoigne Sonia, quand j’ai mes règles, je ne dois pas faire l’amour ”. “Moi, dit Elisa, je me souviens de la pression familiale autour de ma virginité. Il fallait arriver pure au mariage comme si le sexe était sale!”. “Et moi, se souvient Paule, ça me rappelle les nuits de noces d’antan où la jeune mariée arrivait “pure”, et qui tournaient au viol conjugal, comme s’il fallait casser le lien entre sexualité et plaisir chez la femme.”
En nous sommeillent encore toutes les mémoires de ces filles d’Eve. Il est dorénavant de notre responsabilité de les alchimiser.

 

Visuels : www.lune.le-sidh.org .

 


*Françoise Gange, est philosophe de formation et a enseigné la philosophie dans plusieurs pays d’Afrique . En outre, elle est diplômée en sociologie et se consacre à l’exploration des mythes depuis plus de 20 ans. Elle a publié aux éditions Alphée, Avant les Dieux, la Mère universelle, nouvelle édition de l’ouvrage intitulé Les Dieux Menteurs paru à la Renaissance du Livre (2001). Elle est également l’auteur (ed Alphée) de Jésus et les femmes et Le mythe d’ Europe ou le féminin baffoué.
Conférencière, elle est invitée en Europe et au Canada ,et a participé à différents ouvrages collectifs. Romancière, elle est aussi l’auteur de Amina (Denoël) et de La ville plus basse que la mer (Flammarion).
 

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