Petite histoire de clitoris Episode 2
Le clitoris n’a pas toujours été ignoré. Au contraire, il est connu et reconnu dès l’Antiquité comme organe du plaisir féminin et ce jusqu’au 19 ème siècle. Mais on le croit alors utile à la reproduction.
C’est ce qui explique que dès le Moyen Age et malgré la profonde méfiance de l’Eglise à l’égard du plaisir charnel, les médecins préconisent, comme le cite Maïa Mazaurette, « d’enduire leurs doigts d’huile parfumée et de frotter le bouton d’amour dans un mouvement circulaire pour favoriser la procréation » !
Tombé aux oubliettes !
Comment expliquer alors que de nos jours et malgré la libération sexuelle, à l’heure des sex toys et des pratiques dites libérées, on en sache aussi peu sur le clitoris ?
« En 2007 alors que tout le monde devrait connaître cet organe, on constate que nombre d’hommes (et de femmes) n’en ont jamais entendu parler ou choisissent de faire comme s’ils n’en avaient jamais entendu parler, précise Maïa Mazaurette. »
Hommes et femmes restent évasifs sur sa position exacte, sur son fonctionnement, son rôle ou « son utilité ». « C’est pour les préliminaires, non ? avance Tom, une sorte de bouton starter qui me permet de passer aux choses sérieuses ».
Trop souvent considéré comme facilitateur de pénétration – le clitoris reste méconnu, comme oblitéré des consciences, des pratiques et de la communication au sein du couple. « Passée la mise en bouche trop rapide et mécanique à mon goût, il faut bien se laisser pilonner déplore Agnès. Heureusement, je me caresse pendant les pénétrations. »
Les faits sont édifiants : certains traités d’anatomie d’après 1948* ne font pas cas du clitoris ; en outre, dans la littérature scientifique récente, les occurrences du mot « pénis » sont jusqu’à 30 fois supérieures à celle de « clitoris »**, la recherche scientifique étant largement discriminante dans ses études et publications. Cette disparité en dit long sur le silence, l’oubli ou « le désintérêt d’une société phallocrate pour la sexualité féminine et son centre majeur ajoute Sonia ». Car le clitoris échappe à la logique scientifique, « il est, précise Alice, l’âme du corps qui parle à travers la Sensation », une autre intelligence aux 8000 capteurs et que notre science continue de négliger. Parce qu’elle lui échappe ?
L’excision culturelle
En affirmant que l’orgasme clitoridien est une preuve d’immaturité sexuelle chez la femme adulte et qu’à la différence de la fillette, cette dernière doit jouir vaginalement, « Freud****, le père de la psychanalyse, s’est rendu coupable d’une véritable excision culturelle » selon Maïa Mazaurette.
Car cette théorie, nouvelle pour l’époque, a classé l’orgasme clitoridien comme infantile, et contribué à faire de la femme une handicapée sexuelle si elle ne jouit pas quand on la pénètre, le tout, en niant la spécificité physiologique du plaisir féminin et en inféodant la sexualité féminine à la vision masculine du coït comme voie royale de l’expression sexuelle !
Or toutes les études récentes prouvent que « cette sensibilité » (dont le siège est le clitoris) sensée « se déplacer en temps voulu du clitoris à l’entrée du vagin**** » est une hypothèse fumeuse.
Pour une raison simple : le vagin n’est pas un organe de jouissance mais un organe de reproduction permettant l’écoulement des menstrues, l’accueil du pénis et du sperme, et la naissance. Dès lors, il est très peu innervé, ayant été conçu pour être inerte et relativement insensible en prévision des accouchements (les contractions sont douloureuses, pas le passage du bébé !). La preuve ? On peut y pratiquer de petites opérations chirurgicales sans anesthésie !
En outre, les études sur la population transsexuelle prouvent cliniquement que sans clitoris, il n’y a plus d’orgasme, ce, malgré toutes les stimulations possibles ailleurs.
Se trouve alors posée de façon dramatique la question de l’excision véritable (30 000 fillettes seraient concernées en France, 130 millions dans le monde***) et de la pratique chirurgicale des clitoridectomies dans les cas d’hypertrophie clitoridienne* où la santé sexuelle de la femme est « oubliée » pour mieux la mettre aux normes. Quelle ironie quand on pense que ces normes reposent sur des références morales, culturelles et psychanalytiques discutables !
« De la suppression d’un organe à son verrouillage dans les esprits conclut la spécialiste, on aboutit au même résultat ».
* Le clitoris, cet inconnu, documentaire de Michèle Dominici
** La revanche du Clitoris Editions La Musardine
*** Chiffres de l’OMS
**** Sigmund Freud Introduction à la psychanalyse Editions Payot 2001




J'arrête pas d'y penser: si le clitoris a 8000 fibres nerveuses et que le pénis en a 800, ça veut dire que quand une petite fille est excisée ça doit faire comme si on lui arrachait le corps.
Pour Franz de Waal, éthologue, le clitoris serait peut-être un vestige d'un régulateur social comme on le voit chez les bonobos: un conflit? on va se faire un petite caresse et tout sera oublié...
Et si le clitoris était une forme d'antenne qui procure l'intuition? comme une licorne qui a son antenne sur le crâne...