Comment réagir, face aux malheurs du monde. Aujourd'hui Haïti, demain ... Chacun de nous oscille sans doute entre empathie passive, réactivisme urgentiste, ou verrouillage des émotions devant l’inacceptable. S’ouvrir à la compassion est peut-être le début du chemin à suivre !
Pour ensuite poser des actes solidaires, sans être englouti « par la souffrance ».
La souffrance, on a beau essayer de la tenir à distance, elle finit toujours pas nous rattraper. Plutôt que la nier, la théologienne protestante Lytta Basset propose de l’accepter dans un livre remarquable « S’ouvrir à la compassion » : « On le sait par expérience, être en contact avec sa propre souffrance permet d’entrer en résonnance avec celle d’autrui ». Toutefois, quand la souffrance d’autrui est d’une trop grande intensité, il faut mesurer le risque. Selon la théologienne, il est bel et bien dangereux de s’y exposer d’autant plus quand elle concerne un très grand nombre de personnes. Explications: “La détresse d’autrui menace alors de réveiller en nous une détresse qui nous appartient et qui nous déborderait. » C’est sans doute pourquoi certains préfèrent se protéger, ou encore réagir dans l’urgence. La voie de la compassion permettrait d’accueillir sans être englouti.
La compassion est bien plus qu’une valeur revendiquée par les religions. Pour mieux en saisir le sens, il est nécessaire de lever la confusion qui l’entoure, grâce à l’éclairage de Lytta Basset. Il ne s’agit pas de la pitié qui concerne avant tout les actes entrepris pour soulager autrui. Il ne s’agit pas non plus de charité, qui désigne l’amour du prochain en général. Ni encore d’empathie qui est la capacité à « percevoir » l’expérience subjective d’une autre personne. Selon la théologienne, « la compassion désigne une expérience personnelle très subjective où l’on souffre (ou l’on sent) « avec » et non « à la place de » quelqu'un d’autre en se projetant sur lui". Il s’agit d’une capacité qu’elle nomme, être “ému aux entrailles” qui comporte une réelle dynamique pour bouger et faire bouger. Ainsi plus qu’une voie à teneur spirituelle, pour faire face à ces évènements, la compassion permettra aussi de poser des actes qui feront sens pour vous.
Il ne s’agit pas tant de basculer dans la dialectique ou de chipoter sur ce qui peut paraître un détail, face à des catastrophes alors que la mobilisation est mondiale. Il est question de trouver le chemin à l’intérieur de soi, face à certains évènements, pour essayer d’y apporter sa contribution, et non de céder à la peur que ça nous arrive, à la culpabilité de continuer à exprimer sa joie de vivre. Plutôt que participer pour se donner une bonne conscience, plutôt que se laisser engloutir ou se protéger, il est possible de chercher le chemin de la compassion.
Pour s‘ouvrir à la compassion et éviter de « se noyer dans la souffrance d’autrui », Lytta Basset recommande « d’être suffisamment différencié ». Chaque fois que l’on accède à un espace de grande solitude, loin de toute confusion menaçante, on se différencie. « Assurés sur ce roc, nous ne cherchons plus à plaire, à être gentil, à nous nous conformer à autrui » écrit-elle. Alors l’authentique compassion peut venir. Loin d’être un repli sur soi, à visée égotique, cette rencontre vraie avec soi-même est nécessaire. D’après la pasteur en milieu Hospitalier Carmen Burkhalter (*): « Si l’on commence à consentir à soi-même, le consentement aux êtres et aux choses devient possible, la compassion devient active, l’amour se décline en actes et en solidarité. »
Ni innée, ni réservée à quelques-uns, cette capacité de compassion, quasi militante, peut alors nous permettre de changer notre regard, tout comme nos actions, en nous montrant vulnérable, et non fragile.
S’ouvrir à la compassion. Sous la direction de Lytta Basset. Avec entre autre Carmen Burkhalter. Ed. Albin Michel.




