Tout porte à croire que les femmes occupent davantage de terrain. Mais notre société est-elle vraiment en cours de féminitude ? Sans doute, à condition d’en explorer les véritables contours au-delà de la quête de pouvoir ou d’une beauté artificielle. Retour à l’intimité et au mystère du féminin avec la psychanalyste France Schott-Billman.
La société occidentale, longtemps et ouvertement marquée par le masculin est-elle en train de se féminiser ? Masculin et féminin sont-ils condamnés à s’opposer ? La psychanalyste France Shott-Billmann essaye de répondre à de nombreuses interrogations sur le mystère du féminin, en conjuguant les apports de la mythologie, de l’art et de la psychanalyste dans un ouvrage qui lui est consacré "Le féminin et l’amour de l’autre ". Selon elle, la mutation ne fait que commencer.
Mise en lumière de la possibilité d’être une femme et brossage d’un portrait aux valeurs bien spécifiques, en trois questions.
T.D.M. : Demain sera féminin, entendons nous dire… À quelle condition ?
F.S-B. : Alors que la société nous propose l’exhibition, retournons au mystère. Au-delà de ces occupations quotidiennes, et de ses engagements sociaux, la femme possède la faculté et le goût de la transcendance. Lacan disait «, Je soupçonne toute femme de nous tromper avec Dieu !" L’homme est amoureux de son mystère, bien plus encore que ce qu’elle donne à voir. Concrètement, il s’agit de prendre des temps de contre-culture, sortir de la rentabilité, s’émouvoir, poétiser le monde…, De nourrir ce sentiment d’être accordée au rythme de la lune, de se sentir ainsi reliée aux cycles naturels, aux lois du cosmos…
T.D.M.: Si s’exhiber, une tendance social à la hausse, procède du masculin, inversement, s’intérioriser pourrait-il nous rapprocher de notre essence ?
F.S-B. : Les femmes ne sont pas faites pour cocher des listes, en ponctuant d’un « Ca, c’est fait », mais bien pour repasser les choses dans leur cœur, selon une phrase prononcée par la Vierge Marie dans « la Bible ». Consommer ne nous permet en aucun cas de réveiller le féminin de l’être. Développer la présence à soi en revanche, oui. S’intérioriser demande à cultiver une véritable intimité, avec soi, pour commencer. À se montrer disponible, en ouverture, que ce soit à un voyage, un livre, un rayon de soleil, le sourire d’un enfant, la jouissance d’un homme… Ce qui demande du temps, une certaine lenteur.
T.D.M. : Comment une femme peut-elle révéler sa féminité dans la relation amoureuse ?
F.S-B. : En commençant par renoncer à la lutte de pouvoir, ou des rivalités. L’argent, le statut social, l’éducation des enfants… Nombreux sont les terrains où peut s’exercer une forme de combat. S’unir plus que se mesurer devrait être le projet du couple. La rencontre amoureuse est un moment privilégié où la féminité d’une femme lui est révélée. C’est une opportunité de s’explorer et de se découvrir, à condition de déposer les armes. Pour y parvenir, la femme peut essayer d’entrer en résonance avec le féminin de l’homme… Il existe. La bi-sexualité psychique existe… Même si elle n’est pas facile à trouver. Partager une activité artistique est une possibilité, danser, se lire des passages d’un livre, aller au théâtre et en parler. Il ne s’agit pas de consommer du loisir, mais de chercher à co-créer ensemble.
France Schott-Billman. Le féminin et l’amour de l’autre (Editions Odile Jacob).




