Laquelle de nous ne rêve pas, un jour, de rencontrer l’amour et de chérir sa moitié. Pourtant il arrive que ça coince, quand elle pointe son nez ! « Aimer, ça se décide et ça commence par soi », soutient le psychothérapeute Alain Héril. Le point sur l’amour de soi, véritable clé du couple.
Trouver l’amour aujourd’hui n’est plus forcément un problème. Reste à transformer la rencontre en une histoire d’amour durable. Car si tout porte à croire qu’on y aspire follement au couple, au partenaire et à l’intimité partagée, force est bien de constater que ce n’est pas si simple. « Le tout c’est d’être vraiment disponible, voire décidé(e)… » affirme le sexologue Alain Héril (*). Il propose de changer de regard sur l’amour lui-même, à commencer par l’amour de soi, une donnée indispensable pour structurer notre rapport à soi et aux autres.
T.D.M. : Pour aimer vraiment, il est recommandé de s’aimer soi-même. Admettons ! Mais alors justement qu’est-ce que l’amour de soi ?
Alain Héril : La vision que l’on a de soi est une construction de l’esprit, alors autant l’optimiser. L’amour de soi c’est avant tout pouvoir poser sur soi un regard qui soit positif. S’aimer donne à la fois la possibilité de nommer ses potentialités, ses capacités et de les mettre en acte. La plupart d’entre nous peuvent en avoir une bonne perception, mais le problème essentiel reste de les « actualiser » au quotidien. Résultat : Nous sommes souvent dans des projections de ce qu’on pourrait faire, de comment le faire sans vraiment oser passer à l’action. Un phénomène qui s’amplifie davantage encore, dès qu’on est en couple.
T.D.M. : Quelles peuvent –être les conséquences d’un manque d’amour de soi, dans nos relations amoureuses ?
A.H. : Un manque d’amour de soi peut entraîner d’une part une mentalisation excessive, c’est-à-dire qu’on passe du temps à supposer, donc à douter… Ce qui crée un tas de difficultés dans la rencontre amoureuse. D’autre part ce manque est associé à l’idée que le bonheur, l’amour n’est pas pour soi. Parce qu’on est dans une vision de soi-même qui est en dessous de ces possibilités de réalisation. Pour résumer, vous êtes capable de vous réjouir de la mine épanouie qu’affiche votre meilleure amie, pendue au bras de son chéri d’amour, et de vous résigner à ne pas vivre cette belle aventure à laquelle au fond, vous ne croyez pas. Ce qui quelque part vous arrange dans le sens, où ce manque est également lié à une certaine timidité relationnelle.
T.D.M. : S’aimer, peut paraître un peu narcissique, non ! Est ce que ce n’est pas plutôt se donner la priorité dans le couple, au détriment de l’autre ?
A. H. : S’aimer soi est souvent assimilé à une attitude égoïste ou mégalo. Au contraire, ça permet d’accepter aussi nos failles et nos défauts avec indulgence, nous autorisant par là-même à le faire pour l’autre. Tout en ayant conscience de notre imperfection, nous nous accordons le droit d’être aimé comme on est. Et nous pouvons alors lâcher cette attente souvent inconsciente dans le couple que l’autre comble nos manques, qu’il nous répare, nous rassure, nous réconforte… Une demande quasi impossible à satisfaire, dans le sens où en réalité nous sommes les seules personnes habilitées à nous « réparer »…
T.D.M : La peur d’aimer peut-elle cacher une difficulté à s’aimer soi ?
A.H. : La peur d’aimer est liée à l’idée de se perdre dans la relation à l’autre, et de ne plus vivre selon ses propres modalités. Or s’engager dans le couple amène forcément à un bouleversement, mais qui peut se vivre en positif. La question est de savoir comment je vais garder ma différence avec l’autre et accepter que nos différences associées créent une complémentarité qui fait couple. À ce titre un amour de soi permet de soutenir l’idée que la rencontre avec l’autre nous augmente au lieu de nous rétrécir…
* Aimer. Alain Héril. Ed. Marabout. Catherine Maillard
Visuel : guide-fleurs.com

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