Pas facile à notre époque de jeunisme forcené d’aborder la vieillesse avec sérénité.
La psychologue Marie de Hennezel se penche sur cette étape décisive de la vie dans un livre et un colloque. Ses pistes pour vieillir “radieux’.
Il a déjà dû vous arriver de vous asseoir à côté de femmes sans âge. Non pas qu’elles n’en aient plus, mais elles ont fait subir à leurs visages tant de lifting, tant de transformations, qu’on ne peut plus leur en donner…
Alors qu’en Afrique ou en Asie, les vieux arborent un visage parcouru de bien des rides, comme autant de traces que laisse la vie de son passage, marquant les peaux du sceau de l’expérience, en France il en est tout autrement.
Nos "vieux" veulent rester jeunes, branchés, alertes. Une image véhiculée par les médias, et la publicité qui cache une réalité bien différente.
Bien sûr que vieillir n’est pas facile, qui oserait dire le contraire ? Pour la plupart d'entre nous, la vieillesse reste « associée à la maladie, au déclin mental, à l’isolement et à l’inutilité » comme le souligne Marie de Hennezel dans son livre. Une vision forcément tronquée. La psychologue s’est mis en quête des pistes pour échapper aux mailles du filet collectif et rejoindre les rangs des Irène Sinclair, la mannequin de 90 ans qui pose pour Dove, le visage éclairé d’un sourire et les yeux pétillants, des Sœur Emmanuelle, et autres centenaires « radieux ».
1 Miser sur la jeunesse émotionnelle
C’est vrai le corps change, c’est inévitable, et même si on peut en reculer les limites, c’est inéluctable. Mais à la beauté de la jeunesse peut succéder une autre forme de grâce. Dans son livre, Marie de Hennezel suggère : « de faire le deuil de notre peau jeune et d’accepter nos rides. » Pour faciliter ce passage, la psychologue ouvre un autre accès vers la voie de la plénitude, celle de la jeunesse émotionnelle, une autre forme de beauté accessible quel que soit notre âge, et qui conserve à notre regard sa vivacité.
Continuer à rire, s’émerveiller, se mettre en colère et pourquoi pas rayonner de joie permet à la fois d’accepter son image de vieil homme ou de vieille femme, en lâchant le poids du paraître, sans se sentir vieux.
2 Eprouver le plaisir d’être vivant
Le corps, notre enveloppe, est au centre du débat. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Au-delà de l’obligation de sortir d’une vision narcissique de notre corps, et d’un rapport de séduction, la question du rapport que l’on entretient avec lui se pose. Plus que le subir, Marie de Hennezel nous invite, si nous ne l’avons pas fait plus tôt à « éprouver le plaisir d’être vivant ». Depuis quand vieillir nous empêcherait de bénéficier de nos sens, et du bien-être qu’ils nous procurent ? Pour illustrer ses propos, la psychologue évoque cette vieille femme sur l’île d’Yeu qui se baigne nue tous les jours, à l’abri des regards, pour ne pas imposer son corps vieillissant aux autres… Poursuivre l’expérience de la sensorialité peut se faire à tout âge. Respirer des senteurs, sentir l’eau fraîche sur sa peau, se régaler de cerises, s’émerveiller des premiers pas d’un enfant…
3 Nourrir le lien transgénérationnel
Les personnes âgées aiment le contact avec les tout-petits, et l’inverse est vrai. « Du temps des familles élargies, vivant sous le même toit, ce contact grands-parents et petits-enfants se faisait naturellement », rappelle Marie de Hennezel. C’est vrai qu’aujourd’hui nous redonnons vite, trop sans doute, la main à des institutions. Ce qui participe au cloisonnement des âges, privant ainsi les générations plus jeunes de l’expérience et de la sagesse des anciens, et coupant ces derniers de leur action de transmission, source de vitalité… Pourtant rétablir les liens du cœur entre générations ne devrait pas être si difficile.
Et si nous essayions véritablement de nous rapprocher de nos parents ? Certaines associations le font, comme l’association d’un lycée, « un toit, deux générations », qui réunit étudiant et personnes âgées, selon une charte très respectueuse.
Des livres à lire : Marie de Hennezel. La Chaleur du corps empêche nos corps de rouiller. Ed. Robert Laffont
Roger Dadoun : Manifeste pour une vieillesse ardente. Ed Zulma.




