Les initiés parlent de CNV, alors que les autres se regardent d'un air perplexe. La CNV ? C'est la Communication Non Violente, "cet art du dialogue au service d'un art de vivre", comme nous l'a expliqué Anne van Stappen, cette femme médecin devenue formatrice en CNV et dont l'enthousiasme saurait convaincre les plus réticents.
Son "Petit cahier d'exercices de Communication Non Violente" (Editions Jouvence) est un modèle du genre. Simple, joyeux et très pertinent, il permet de s'initier avec facilité à cette si jolie manière d'être en relation. Ses explications pour nous aider à décrypter les tenants et les aboutissants d'une telle façon de procéder.
Cet article a été écrit en collaboration avec les Editions Jouvence.
The different magazine : La CNV, qu'est-ce que c'est...
Anne van Stappen : Il s'agit à la fois d'une façon de penser, et d'une manière de parler, au service d'une intention de bienveillance pour soi et pour l'autre. Lorsque je demande alors à quelqu'un comment il va, la réponse m'intéresse...
Le fondement de la CNV est une intention de bienveillance. Elle s'exprime sous la forme d'un langage spécifique, des codes peuvent m'aider : 1 - L'observation des faits ; 2 - L'expression des sentiments (ou juste la conscience de ceux-ci suivant le contexte) ; 3 - La formulation d'un besoin (c'est le point clé de la CNV, son diamant) ; 4 - L'expression d'une demande ou d'un souhait d'action pour que les choses bougent : c'est un petit pas au service des besoins.
TDM : Cela concerne donc juste celui qui parle ?
AVS : Non, il y a deux volets dans la CNV : l'autre et moi.
Par exemple, si je suis en train de parler à quelqu'un qui semble scotché devant son ordinateur, je peux exprimer ce qui se passe chez moi : "je me sens frustrée car j'ai besoin d'attention pour arriver à parler de cette chose qui est importante pour notre vie. Serais-tu d'accord pour me dire à quel moment tu peux te rendre disponible pour que nous puissions en parler ?"
Je peux aussi essayer de me mettre dans la peau de cette personne : "Quand je viens te parler, si tu sembles intéressé par autre chose, est-ce parce que tu te sens frustré que tu as besoin d'aller jusqu'au bout de ton activité ?
il importe de se rappeler que quoique l'autre fasse ou ne fasse pas, il a des sentiments et des besoins. Et moi aussi.
TDM : Donc la prise en compte de l'autre constitue une clé de la CNV ?
AVS : En communiquant de cette manière, je peux être à l'écoute du vécu de l'autre. C'est une danse, où tantôt je cherche à comprendre l'autre, ce qu'il dit et ce qu'il vit, tantôt je cherche à lui faire comprendre et entendre ce que moi je vis dans cette situation. Compréhension sans pression amène davantage de solutions ! La bonne volonté mutuelle peut alors se mettre en route... Forcer l'autre n'amène à rien. La CNV est destinée à permettre qu'il y ait une motivation mutuelle, à montrer à l'autre que son vécu nous intéresse.
TDM : Ca m'a l'air très subversif mine de rien... Difficile alors d'avoir des relations superficielles !
AVS : Ce n'est ni pour les poules mouillées, ni pour les coeurs fragiles ! C'est un chemin de vie, de conscience.La CNV parle de bienveillance, d'authenticité, elle nous aide à nous exprimer le plus pleinement possible, à nous rapprocher de notre être. On cesse de tenter de manipuler les gens. Nous prenons alors conscience que l'on ne peut gagner qu'avec les autres, jamais sur les autres. Je ne gagne pas si je gagne seul. Comme le dit Patrick Viveret : "La joie n'est plus un enjeu individuel mais sociétal". C'est très important. Elle n'est pas pour de petits robots. il est plus que temps de développer l'art du bien vivre ensemble. Car il est finalement très facile de comprendre les besoins de chacun et d'en tenir compte.
TDM : Et pour trouver mes besoins à moi, je fais comment ?
AVS : Rappelez-vous qu'un sentiment ne tombe pas du ciel par hasard. Je ne suis ni triste, ni confus, ni inquiet par hasard. Un sentiment est l'enfant d'un besoin. Si le sentiment est désagréable, cela signifie que ce besoin n'est pas satisfait. Le repérer est important car il me permet de voir la part d'action que je peux mettre en place pour tenter d'y répondre (ainsi, j'aurai fait ma part d'atteignable). Si je ne peux pas agir, je peux me donner de l'auto-empathie. Le simple fait de m'accueillir soulage déjà ma tension émotionnelle. Et l'univers peut alors éventuellement me proposer des solutions : la conscience de notre vécu peut déjà changer les choses.
Ne nous trompons pas dans la définition du besoin : le besoin en CNV est ce à quoi j'aspire, il prend un sens essentiel, c'est un souhait, un rêve, ce qui fait que je me lève le matin. Grâce à la CNV, cela devient tellement simple de prendre soin de soi, de son présent, tout en respectant l'autre. Dire les choses avec fermeté et bienveillance. Etre au clair sur ce que je vis, dire les choses dans ma puissance et sans blesser, sans peur. Se marier avec soi-même. Une belle trousse à outils pour la qualité de vie...
Visuel :© Alessandroiryna - Fotolia.com
A lire également si vous êtes intéressés : - Mon ego et moi ;
- Découvrir les quatre accords Toltèques.
_-Communiquer sans violence, à la maison aussi, c'est possible.
A lire pour en savoir plus :
- Petit Cahier d'exercices de Communication Non Violente, d'Anne van Stappen (Editions Jouvence). Un cahier d'écolier à remplir et à colorier pour mieux comprendre les clés de la CNV.
- L'art de la réconciliation, de Marshall B.Rosenberg (Editions Jouvence). Le fondateur de la CNV nous explique comment renouer des relations, résoudre des conflits et guérir de vieilles souffrances.
- Ne marche pas si tu peux danser, d'Anne van Stappen (Editions Jouvence). Un roman plein de chaleur et de surprises, d'humour et de profondeur, à "mettre dans toutes les mains et dans tous les coeurs" comme l'exprime joliment le Dr David Servan-Schreiber.
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