"Si je suis incapable de laver la vaisselle avec plaisir ou si je désire en finir rapidement pour pouvoir reprendre ma place à table pour le dessert, je suis tout aussi incapable d'apprécier mon dessert ! La fourchette à la main, je songe à la prochaine tâche qui m'attend et la texture et la saveur du dessert ainsi que le plaisir d'en profiter s'envolent. Je serai toujours entraîné dans le futur et je ne serai jamais capable de vivre le moment présent". Merci monsieur Thich Nhat Hanh, et pourtant comme c'est difficile de rester les deux pieds bien ancrés dans l'ici et maintenant. Tant de choses à faire... Alors je cherche juste à respirer. Hummm...
J'ai eu la chance de rencontrer cette semaine un monsieur étonnant, transfuge de la haute finance et qui est finalement venu - par conviction - investir son savoir et son argent dans une holding d'entreprises alternatives. Ce type de personne étant une bénédiction pour nos milieux car il maîtrise les codes des deux côtés de la barrière, ceux du monde normal (est-il si normal ?) et ceux du monde alternatif.
Ma réflexion ne porte pourtant pas sur le business autrement mais sur une remarque qu'il a faite, m'expliquant que le monde de l'argent est totalement antinomique à celui de l'amour, et que ces deux concepts sont même opposés, selon lui. Sur le coup, je n'ai rien dit, je n'ai jamais travaillé dans la haute finance, moi... !
Mais j'ai davantage l'habitude d'opposer l'amour (énergie d'ouverture) à la peur (énergie de fermeture). Et l'argent, ou plutôt ce que j'appelle l'abondance, me semble plutôt un outil à utiliser à bon (ou à mauvais) escient qu'une réalité en soi. De l'argent, oui, mais pour faire quoi ? Contribuer à quel projet ? Investir dans quelle histoire qui dépasse ma personne et rejaillira sur le monde ?
Là où je le rejoins finalement, c'est que dans ce monde, dans notre monde, où l'argent finit par devenir une fin en soi et non plus un champ de possibles, la richesse devient le moyen de lutter contre la plus importante de nos peurs, la peur du manque. Et en s'illusionnant, en s'imaginant qu'amasser toujours plus de biens nous protégera de tous nos démons, on ne fait plus que nourrir cette peur et donc peut-être, se fermer à l'amour...
En revanche, l'abondance vécue dans le partage, l'accueil et l'échange me semble pouvoir contribuer à rapprocher les êtres, les faire se rencontrer, voire parfois s'aimer...