Qui, dans les milieux alternatifs (et les autres tout aussi concernés par leur santé), n'a pas reçu ce mail annonçant l'interdiction imminente des plantes au sein de l'Union Européenne ? Alors, info ou intox ? Intox hélas, pour tout ceux qui ont signé, croyant soutenir au mieux leurs idées et leur liberté.
Voici toutes les raisons de se méfier et les explications (piochées ici et là). A vous de juger...
Premier problème : Une page Internet issue de "nowhere"
La page internet qui fait le tour de nos messagerie n’a aucune référence, aucune « mention légale », on ne sait pas de qui elle émane...
Sur Google, lorsque l'on tape « Association ANH », voici le lien : L'ANH Association Nautique Hautaise ou association nautique hautaise, est à la fois un club de voile et une école de voile. A Hauteville au coeur du Cotentin... Il y a bien un site anglais « ANH », qui renvoie également vers un site International, une « organisation » et non pas une « association à but non-lucratif ». Ceci pourrait se révéler être une magnifique opération marketing, pour vendre dans quelque temps, des « produits naturels » en boite, non issus de l'agriculture biologique, bien testé sur les animaux de laboratoires, à une clientèle ciblée et déjà acquise... En récupérant les adresses des gogos qui ont signé la pétition, c'est un jeu d'enfant... Il y a bien ce lien, en anglais en effet, mais qui demande des souscriptions…
http://www.anh-europe.org/campaigns/protect-traditional-medicinal-cultures
Second problème : un conflit d'intérêt qui n'est peut-être pas dans notre intérêt
Une pétition "L'Europe contre les plantes médicinales" en octobre avait fait suite à une info du même style sur laquelle Thierry Thévenin de l'Association des simples avaient répondu : http://www.syndicat-simples.org/actualites/les-plantes-medicinales-bientot-interdites-dans-lue-propagande-desinformation-enjeux-de-pouvoirs-autour-de-herboristerie-en-europe%3Cbr )On voit bien davantage de la récupération grossière de la part des lobbys de la grande distribution qui veulent l'ultra libéralisme en matière de plantes médicinales, et font la guerre à leurs concurrents de l'industrie pharmaceutique qui veulent au contraire l'ultra conservatisme (pour faire très court). Internet ou de l'art du discernement...
Troisième problème : c'est en 2004 que la législation a évolué !
Voici un extrait d'un courrier de l'eurodéputé (verte) Isabelle Durant à ce sujet : "En 2004, une nouvelle législation européenne a bien été adoptée afin de mettre en place une procédure spéciale d'enregistrement pour les herbes médicinales traditionnelles, connues et utilisées depuis au moins 30 ans (dont 15 ans au sein de la Communauté européenne).
Cette législation répond à des impératifs de santé publique, vise à supprimer les incohérences de statut des herbes médicinales dans les différents États membres et favorise ainsi la libre circulation de ces produits en Europe. De plus, la procédure d'enregistrement des herbes médicinales est dite « simplifiée » (par rapport à celle des médicaments "classiques" ou "non-traditionnels") puisqu'elle n'exige par exemple aucune donnée récoltée en milieu médical pour prouver leur efficacité.
Pour plus d'information sur ce texte, veuillez suivre ce lien (en anglais seulement):http://ec.europa.eu/health/human-use/herbal-medicines/index_en.htm (copiez le lien dans votre navigateur si cela ne fonctionne pas directement)
Par ailleurs, la directive de 2004 prévoit effectivement une période de transition (ou de mise en conformité) de 7 ans pour les herbes médicinales traditionnelles déjà présentes sur le marché. Ce délai passé (1er avril 2011), rien n'empêchera un importateur ou producteur de produits médicinaux naturels d'introduire une demande d'enregistrement pour se mettre en ordre. En aucun cas donc, il s'agit ici "d'interdire les plantes médicinales dans l'UE", comme l'affirment certains articles qui circulent abondamment sur internet mais qui font de la désinformation.
Cela étant dit, nous prenons bonne note du cas spécifique des produits chinois et indiens (et plus largement non-européen), et ne manquerons pas au sein du groupe des Verts de vérifier le nombre effectif d'enregistrement de ces plantes au cours de ces dernières années (le sujet sera abordé à notre demande et sous peu en commission Environnement du Parlement européen). Plus largement, nous souhaitions rappeler que les Ecologistes ont toujours été − et restent − des ardents défenseurs d'une médecine plurielle."
Quatrième problème : pour qu'Internet soit un outil efficace, soyons vigilant à ne pas faire de la désinformation (et ne pas nous faire instrumentaliser par des inconnus).
Voici l'avis de -vrais- experts sur les questions de plantes :
Francis Giot, président de Nature et Progrès :
"Les plantes médicinales ne seront pas interdites en EU.
L'information qui circule est en réalité de la désinformation dans le combat qui oppose industrie pharmaceutique et industrie de la phytothérapie et des compléments alimentaires. Formulé par cette dernière, le message vise à créer de la pression sur les législateurs, avec appui de l'opinion public, pour un affaiblissement de la législation sur les plantes médicinales traditionnelles. Ce groupe d'industriels est en effet très mécontent de la législation européenne qui offre la possibilité d'enregistrer officiellement toute plante médicinale utilisée et reconnue depuis au moins 15 années dans l'Union comme plante autorisée à la commercialisation, et ferme donc la porte aux nouveaux produits de la phytothérapie (compléments alimentaires et autres remèdes miracles). L'association ANH, mentionnée dans la vidéo qui accompagne la pétition n'est pas une association de producteurs ni d'herboristes. Il s'agit en réalité s'un bon vieux lobby de défense des industriels des compléments alimentaires (très juteux business qui fleurit en particulier dans les épiceries bio). Nous avons contacté cette organisation par téléphone pour savoir si parmi leurs membres il y avait des associations de producteurs, et ce n'est pas le cas. Le flou maintenu sur leur site, et dans la vidéo devrait mettre la puce à l'oreille de ceux qui reçoivent l'information...
Il faut aussi signaler que la législation en question permet l'enregistrement facilité de tout plante médicinale. En aucun cas ces plantes devront passer par les même canaux d'autorisation que les médicaments.
Subsiste par contre un réel problème de la directive 2004/24/CE et qui est passé sous silence par la communication mensongère que l'on subit. Cette directive fait partie d'une politique partiale et réductrice qui favorise l'hégémonie des trois cultures actuellement dominantes au niveau mondial : occidentale (officielle), chinoise et indienne (ayurvédique). Tous les remèdes qui ne sont pas reconnus depuis minimum 30 ans (15 si provenant de l'Union européenne) devront passer par des procédures, certes allégées, mais longues d'agréments. Ce sont donc les défenseurs des médecines naturelles mineures et traditionnelles (tradition créole, tibétaine, nigériene, cévenole, etc) qui seront les plus touchés par la directive, à moins de prouver avec diligence un passé d'utilisation conséquent. Le problème c'est que dans ces sociétés à la connaissance encore fortement ancrée dans la tradition orale, il sera plus difficile de récolter des preuves ".
Thierry Thévenin (directeur du très respectable Syndicat Inter-Massifs pour la Production et l'Economie des Simples Médecines) sur le site du S.I.M.P.L.E. :
http://www.syndicat-simples.org/actualites/les-plantes-medicinales-bientot-interdites-dans-lue-propagande-desinformation-enjeux-de-pouvoirs-autour-de-herboristerie-en-europe
Sur le site de Nature et progrès (association de paysans, des consommateurs, des médecins, des agronomes et des nutritionnistes qui existe depuis 1964) http://www.natureetprogres.org/communiques/actu145.pdf.
Voici, pour compléter (nuancer) l'info, un texte en contrepoint :
http://www.plantasante.fr/QUEL%20SORT%20POUR%20LES%20PLANTES%20MEDI...
Vous pouvez aussi consulter un article de Michèle Rivasi, député européenne Europe Ecologie « Mon plaidoyer pour les plantes médicinales » où elle explique les deux systèmes d’enregistrement concernant les plantes :
http://www.michele-rivasi.eu/au-parlement/mon-plaidoyer-pour-les-plantes-medicinales/
Et pour rappel, bien sûr, la trame de tout cela est le codex alimentarius, un lien, entre autres, pour comprendre :
http://www.onnouscachetout.com/themes/alimentation/codex-alimentarius.php
Enfin, en point d'orgue, l'interview de Maitre Isabelle Robard (qui est entre autre l'avocate des naturos) pour les Cahiers de la Bio-Energie, où elle fait le point sur la législation, entre compléments alimentaires et plantes médicinales, et médecines non conventionnelles.
Voici le dernier article mis en ligne au sujet de cette rumeur par lanutrition.fr où Maître Isabelle Robart intervient à nouveau : http://www.lanutrition.fr/bien-comprendre/les-complements-alimentaires/petitions-sur-les-plantes-medicinales-la-grande-peur-d-avril-2011.html .
Ce qui retire bien entendu rien au débat concernant la liberté des plantes et la liberté de soigner, qui on le sait, sont toutes deux bien malmenées...
Visuel : © Olivier Le Moal - Fotolia.com





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