Elle doit s'inventer chaque jour et remettre ses acquis en jeu. Car non seulement le pouvoir n'y appartient à personne, mais ceux qui l'exercent ne détiennent pas le savoir avec un grand s. Ils sont élus pour représenter au mieux l'intérêt général et sont les dépositaires de l'autorité publique. Le pouvoir démocratique doit donc en permanence accueillir le débat, voir le conflit : qu'est-ce qui est juste et injuste, légitime et illégitime, possible et impossible ... Et les instances qui nous gouvernent à défaut de jouer l'arbitre convenablement, peuvent tomber rapidement dans l'arbitraire, car elles ne sont pas dépositaires de la vérité. C'est pourquoi notre société est traversée par les manifestations, les pétitions, les grèves ... Il ne faut pas chercher une rentabilité ou une rationnalité dans la dynamique démocratique mais plutôt une hétérogènéité. Et c'est le principal danger de nos sociétés démocratiques : d'un côté des gouvernants qui ont envie d'en finir avec "ce bordel permanent", cette chienlit, ces dérèglements permanents et du côté des citoyens, l'envie de jeter l'éponge par désintérêt, fatigue, désenchantement ... Imaginez notre pays sans les associations, les syndicats, les élus des petites communes, les parents d'élèves ou même les artistes ... C'est la vitalité de nos vies de citoyen (et de nos ras-lebol) qui ouvre de nouveaux champs d'intervention politique... et qui bouscule l'ordre établi pour inventer chaque jour une société plus juste. Avec tout le métissage ou le déracinement qu'elles contiennent. C'est parce que je suis une fille d'immigrés espagnols, parce que toi tu es d'origine algérienne, parce que lui est malien, que toi tu es sarthois que nous avons la possibilité de questionner le pouvoir. Sans oublier que nos enfants le questionneront autrement. Car ce qui est extraordinaire c'est que notre société ne se définit pas par une identité figée (d'où l'absurdité du ministère de l'identité nationale) mais par un vivre-ensemble en perpétuelle évolution. Cela implique un art du dialogue, de la participation, de l'écoute. Un art de la tolérance aussi. Qui permet à ceux dont l'identité ailleurs est niée de se retrouver et de s'identifier à nos valeurs.
Claude Lefort, philosophe français est mort début octobre. A lire ou à relire pour aller plus loin, l'invention démocratique de cet auteur dont j'aurais aimé entendre la voix sur l'essor de notre démocratie néolibérale.
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Commentaires (4)

A méditer
Par Karina Perez !,
novembre 09, 2010
Nous avons beaucoup à apprendre aussi des grands maîtres indiens. J'aime beaucoup cette pensée de Gandhi : Nous devons refuser de nous laisser emporter par le courant. Un homme qui se noie ne peut pas sauver les autres.
Oui, oui, oui
Par Marina,
novembre 08, 2010
Bravo, quel pêche et quelle justesse ! C'est vrai, la démocratie s'invente chaque jour, à condition que chacun choisisse de s'y investir, et ne laisse pas les autres faire, par paresse ou par confort. Le questionnement permanent pour une vitalité renouvelée...
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