Ils sautent d'un écran à un autre, en ne concevant même pas que l'on puisse occuper son temps autrement. Et nous, leurs parents, nous sentons parfois impuissants face à leur propension à ne concevoir leurs loisirs qu'en deux dimensions et la crainte qu'ils n'en deviennent dépendants. Le philosophe Bernard Stiegler et le psychiatre Serge Tisseron prennent position dans leur très pertinent Faut-il interdire les écrans aux enfants ?*En France, les enfants passent plus de trois heures et demi par jour devant leurs écrans. Ce qui représente plus de 1 200 heures par an à regarder la télévision, à surfer sur Internet, à jouer sur leur console ou à envoyer des SMS. Contre 900 heures à l'école (où il leur arrive également de visionner des films et d'utiliser des ordinateurs). Des chiffres qui laissent songeur et ne peuvent manquer de nous interroger sur l'influence qu'un tel comportement est susceptible d'avoir sur leur développement.
La règle des 3-6-9
Chez les tout-petits de moins de 3 ans, la messe semble dite, et plusieurs études montrent que la consommation précoce d'images télévisées altére la formation du cerveau infantile, et peut donc freiner leur développement. Mais les choses deviennent plus complexes chez les plus de 6 ans, et surtout chez les adolescents à qui il convient de donner les connaissances nécessaires pour maîtriser les techniques de l'information. Mais ils risquent tout autant de s'isoler de manière excessive ou d'être confrontés à des images peu adaptées à leur âge, à cause de leur contenu pornographique ou violent. Serge Tisseron résume donc ainsi son point de vue : pas d'écran avant 3 ans ! Pas de console avant 6 ans. "A partir de 9 ans, l'enfant peut commencer à surfer sur le net, à condition d'être accompagné". Et à 12 ans, ils peuvent surfer seul, même s'il importe de partager de tels moments avec eux de temps en temps. Dans tous les cas, mieux vaut également éviter de mettre des écrans dans leur chambre et les placer dans une pièce partagée : "Concernant la télé, l'important, c'est d'apprendre à l'enfant de devenir un spectateur actif, de choisir ses programmes, de faire preuve d'esprit critique". Alors, quand faut-il s'inquiéter ? Lorsque les résultats scolaires commencent à chuter. Cela peut indiquer que l'enfant a besoin de consulter et de se faire aider.
L'impact de la violence sur leur comportement
En fait, les conséquences de l'exposition de nos enfants à la violence (via la télé ou les jeux vidéos) sont encore discutés. Elles dépendraient en fait en partie du milieu familial de l'enfant, à savoir s'il y est confronté à de la violence ou pas. Si c'est le cas, il aura alors tendance, à la différence des autres enfants, à intérioriser les modèles violents vus dans les médias : "Les images ne rendent pas les enfants violents, mais peuvent rendre violents plus tôt et de façon plus brutale ceux qui ont tendance à l'être", poursuit le psychiatre. "Le message à faire passer est donc que la réalité est souvent inhumaine, mais qu'il est toujours possible d'y réagir de façon humaine". Et de leur enseigner pour contrebalancer les valeurs de compassion, d'entraide et de solidarité.
La banalisation de la sexualité
Internet permet aux plus jeunes d'accéder à des sites pornographiques, d'où la nécessité d'expliquer le plus tôt possible aux enfants que de telles images n'ont rien à voir avec l'amour. Celles-ci, souvent truquées, vont également preuve d'une grande violence contre les femmes... S'il est préférable que les parents résistent à la tentation d'aller voir en cachette les sites que consultent leur enfant - la confiance est une clé de l'éducation -, mieux vaut utiliser un logiciel de filtrage (même si ceux-ci sont moyennement efficaces), et privilégier les échanges en famille aussi souvent que possible. Notez aussi qu'un site d'éducation à une sexualité saine et responsable a été mis en ligne et mérite d'être connu par nos adolescents : www.educationsexuelle.com . (Laissez-les le consulter seul(e) et non sous le regard d'un adulte, nous sommes ici dans le domaine de leur intime et de leur questionnement personnel).
Un enjeu social
Comme le souligne néanmoins le philosophe Bernard Stiegler, les parents ne peuvent pas non plus tout faire tout seuls. L'enjeu est collectif. "Il faut créer un appareil d'intelligence collective où l'éducation nationale et les industries de programme doivent apprendre à travailler ensemble, où les structures de recherche doivent faire de ces enjeux des priorités. Il faut défendre la société contre ce qui la détruit : l'hégémonie du marketing." Cela peut passer par des opérations de "désintoxication collective" comme les dix jours sans télévision et par un véritable enseignement pour avoir un bon rapport avec l'écran. En considérant comme préalable que, pour apprendre à faire quelque chose intelligemment, il faut commencer par apprendre à vivre sans.
* Editions Mordicus
Crédit photo : Fotolia.com - Brad Wynnyk
A faire lire aux plus jeunes : Ludo adore les jeux vidéo, de Stephan Valentin et Laurent Houssin, dans la collection de la Bande à Loulou, un livre très bien fait pour mettre en garde et conseiller petits et grands afin qu'ils adoptent la bonne attitude et apprennent à faire bon usage de ces jeux (Jouvence Jeunesse).
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