Les prix Pinocchio du développement Durable 2010 viennent d'être décernés. Cette année trois sociétés se sont particulièrement distingués : le groupe Somdiaa, dirigé par la famille Vilgrain, dans la catégorie "droits humains", Eramet dans la catégorie "Environnement", et le Crédit Agricole dans la Catégorie "Greenwashing".
Cette opération organisée par les Amis de la Terre, en partenariat avec le CRID et Peuples solidaires, met l'accent sur le double discours des entreprises françaises se déclarant en faveur du "développement durable" alors que leurs impacts réels sont lourds et négatifs pour l'environnement ou les populations locales.
Cette année, les entreprises nominées étaient les suivantes : Sodexo, GDF, Suez, Vilgrain et Orange pour la catégorie Droits Humains ; Total, Eramet, AXA et Alstom pour la catégorie Environnement ; et le crédit Agricole, Renault, l'aéroport de Beauvais-Tille, et la SNCF dans la catégorie Greenwashing.
L'édition 2009 avait récompensé Bolloré pour la catégorie Droits humains, Total pour la catégorie Environnement et EDF pour la catégorie Greenwashing.
Les Lauréats de l'année 2010
- Le groupe Somdiaa, dirigé par la famille Vilgrain, a reçu le prix "droits humains" avec 32% des votes des internautes dans sa catégorie, pour les impacts de ses activités de production et de transformation de canne à sucre, dont l'extension se fait au dépens des communautés rurales. L’entreprise camerounaise Sosucam (filiale du groupe français SOMDIAA, elle-même filiale du Géant JL Vilgrain) a signé avec le gouvernement camerounais en 1965 puis en 2006, deux baux concernant respectivement 10 058 et 11 980 hectares afin d’y développer ses activités concernant la canne à sucre. Ces deux projets ainsi que le montant des indemnités lié aux transactions de terres ont été validés sans l’aval des communautés locales. Le premier contrat prévoyait des indemnités. Elles n’ont jamais été versées. Pour le deuxième contrat la Sosucam verse une indemnité annuelle de 3 145 euros (2 062 985 francs CFA) à l’ensemble des communautés affectées (12 collectivités représentants 6000 personnes), soit environ 5 euros par personne par an ! Une somme qui ne peut en aucun cas compenser la gravité de l’impact des activités de la Sosucam sur les populations. D’autre part, les paysan(ne)s n’ont plus accès à leurs terres et les cultures vivrières qui leur restent pourrissent en raison de la pollution des ressources naturelles induite par les activités de la Sosucam. Les populations rurales et les ouvriers agricoles de la Sosucam sont par ailleurs victimes de maladies liées aux pratiques de production et de transformation de la canne à sucre, dont l’utilisation de produits chimiques dans les plantations. Enfin, il ne faut pas perdre de vue que seuls 4% de la population locale est embauchée à la Sosucam. Une partie des paysan(ne)s qui ont perdu leurs terres sont devenus travailleur(re)s agricoles de la Sosucam et perçoivent des revenus inférieurs au salaire minimum vital. Les jeunes locaux qualifiés ne bénéficient pas des postes à responsabilité créés par la Sosucam. Sur son site, la SOMDIAA se targue d’avoir des "valeurs humaines" qui "constituent le fondement [du] Groupe". Apparemment, ces "valeurs" n’ont pas atteint le Cameroun…
- Le groupe Eramet a reçu le prix Pinocchio dans la catégorie "Environnement" avec 40% des votes. Eramet est un géant français de l’industrie minière injustement méconnu : il fait parti des leaders mondiaux de l’exploitation du nickel, grâce notamment à ses opérations en Nouvelle-Calédonie… et bientôt en Indonésie. En 2006, Eramet fait l’acquisition du permis de Weda Bay sur l’île de Halmahera en Indonésie, avec pour ambition de quasiment doubler sa production, faisant ainsi face à la raréfaction des gisements de nickel dans le monde. Or, la plupart de la zone exploitable se trouve en pleine zone de forêts tropicales primaires, avec seulement 3 505 hectares en zone non boisée, sur un total de 76 280 hectares. Il faut savoir que l’Indonésie abrite parmi les plus importantes forêts primaires d’Asie, ce qui en fait un haut lieu de biodiversité. Sur la zone du permis, on ne trouverait pas moins de quatre espèces d’oiseaux et sept espèces d’amphibiens menacées, inscrites sur la liste rouge des espèces en voie d'extinction. Difficile toutefois de concilier protection de la nature et exploitation minière à Weda Bay : c’est près de 17 millions de tonnes de remblais qui devraient être extraits chaque année ! Par ailleurs, la mine devrait se développer sur le territoire ancestral des Togutil, une communauté dépendante de la forêt pour sa subsistance – mais il ne semble qu’aucun de ces arguments n’ait convaincu Eramet qui continue sur sa lancée et se prépare à exploiter, avec un garantie récemment obtenue de la part de la Banque Mondiale.
- Le Crédit Agricole remporte le prix du Greenwashing avec 56% des votes. Avec son slogan "It's time for Green Banking", le Crédit Agricole a fait fort avec une publicité tournée avec l’acteur Sean Connery et diffusée dans 80 pays d’Europe, d’Asie et du Moyen-Orient (mais pas en France ni aux Etats-Unis). Dans cette publicité, le Crédit Agricole met en perspective deux mondes : la vision catastrophiste d’un univers désolé, saturé de fumées et d’embouteillages – et grâce au "sens commun" du Crédit Agricole, un monde harmonieux fait d’éoliennes et de villes entourées de nature. Le choix semble être déjà fait ! Est-ce si sûr ? Le "retour au sens commun" dont le Crédit Agricole se fait le chantre laisse en effet dubitatif. Selon un rapport publié en 2007 par les Amis de la Terre, la banque était responsable en 2005 de l’émission d’environ 200 millions de tonnes de CO2 induites (c’est-à-dire provoquées par les projets financés par la banque), soit l’équivalent des émissions d’un petit pays africain. L’organisation Banktrack rappelle également que la banque garde une ardoise chargée d’investissements controversés. Le Crédit Agricole a signé en août dernier un accord d’investissement en faveur de la méga-centrale à charbon de Medupi en Afrique du Sud, et s’était positionnée comme le principal partenaire financier de l’usine de pâte à papier de la compagnie finlandaise Botnia, à la frontière entre l’Uruguay et l’Argentine. Cette usine, qui avait été à l’origine d’une grave crise entre les deux pays, avait défrayé la chronique et mobilisé les associations de protection de l’environnement. En avril 2010, la Cour Internationale de Justice avait constaté que l’Uruguay avait manqué à ses obligations procédurales avec l’Argentine au sujet de ce projet.
Source : www.cdurable.info
Illustration : Les amis de la terre
* "Et le vainqueur est ... !"
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