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Plus fort et plus courageux

«Vous pouvez penser que vous êtes plus en sécurité en restant ainsi et en maintenant un statu quo.

Pourtant, la sécurité ne vient qu’en prenant des risques, en vous ouvrant et en découvrant toujours plus ce que vous êtes. Certaines personnes ont découvert qu’en essayant de conserver un environnement sûr et en évitant de prendre des risques, elles étaient encore plus effrayées et leur insécurité grandissait.

La peur diminue lorsque vous lui faites face. Vous avez peut-être remarqué que lorsque vous innovez, vous vous sentez plus fort et plus courageux dans les autres domaines de votre vie.»


– Sanaya Roman, Choisir la joie
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» Ecologie - Mieux comprendre - Lundi, 26 Octobre 2009 00:00 Imprimer Par Eva Cantavenera
Index de l'article
Entrepreneur solaire
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Que se passe-t-il quand un entrepreneur puise son modèle économique dans les enseignements de Gandhi ? Cela donne une entreprise comme
Tinytech (littéralement "minitech") dirigée par V.K. Desai sur les principes de décentralisation et de retour à la simplicité. Sur cette photo, on voit l'entrepreneur de 67 ans devant son cuiseur solaire qu'il exporte dans 25 pays.
Eva Cantavenera a rencontré cet homme qui essaie de changer le monde.


Direction l'état du Gujaratau nord ouest de l'Inde. Bordé par la mer d'Arabie, nous sommes bien loin des langueurs tropicales du Sud et ses hordes de touristes. Gros producteur de lait, le Gujarat reste un état encore fortement rural. Globalement prospère, il n'est pourtant pas épargné par la misère. La petite industrie y est partout présente comme dans la ville de Rajkot (2). C'est dans cette ville que Mr V. K. Desai dirige Tinytech (littéralement “minitech”).

 

altQuel est votre parcours Mr Desai ?

Mon père était fermier ici, dans le Gujarat. J'ai une soeur, plus âgée que moi de 10 ans, nos 8 autres frères et soeurs sont morts petits, de misère. Au lycée, j'ai été fortement impressionné par les ouvrages du Mahatma Gandhi. J'ai rapidement compris qu'au nom d'un soi-disant développement, l'industrie était en train de ruiner la planète. Après mon diplôme d'ingénieur, c'est devenu de plus en plus évident et je le supportais de moins en moins. Par exemple, quand on a construit la nouvelle capitale du Gujarat, Gandhinagar (1), j'ai bien vu que le gouvernement indien demandait de lourds impôts aux gens mais que ces impôts ne servaient qu'à construire de beaux logements pour les fonctionnaires, jamais pour les pauvres.


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Bien sûr, quand on veut changer les choses, c'est toujours un peu ambitieux et il faut bien commencer quelque part. Alors par quoi commencer ? D'abord, réduire la pauvreté, donner de la force, des outils d'autonomie. En 1982, après 14 ans de combat intérieur (j'avais une famille de 4 enfants à nourrir), j'ai décidé de démissionner pour démarrer Tinytech. A cette époque, j'avais 40 ans, j'en ai aujourd'hui 67... Les deux premières années ont été très difficiles car nous n'avions qu'un tout petit espace, mes économies ont fondu dans la petite unité de cimenterie que je proposais à la vente car personne ne m'a passé commande. Au bout d'un an, j'ai mis au point le moulin à huile qui permet à chacun d'extraire sa propre huile et là les commandes ont commencé à arriver.

 

Qu'est-ce que Tinytech ?

Je crois dans l'industrie à petite échelle et je suis convaincu que toute l'économie  peut se faire via la petite industrie. Dans le cas de Tinytech, mes usines ne s'occupent que de l'assemblage de pièces fabriquées ailleurs en ville. Concrètement, une vingtaine de petites usines de Rajkot travaillent avec nous. Elles sont complètement indépendantes, ces gens ne sont pas nos employés, j'achète la matière brute que je leur fournis, les ouvriers produisent les pièces et Tinytech les assemble. Pour ces usines, l'avantage est qu'elles n'ont pas de marketing à budgeter puisqu'elles ne vendent pas directement : elles font leur travail et reçoivent leur dû. Pour moi, l'avantage est que je n'ai pas besoin de grands espaces ni d'investir dans trop de machines. De cette façon, les investissements (et les problèmes) sont divisés. Aujourd'hui, entre 10 et 15 personnes travaillent à Tinytech, réparties entre des bureaux, 2 usines et une troisième en cours de finalisation.
altNous exportons nos petites machines dans 85 pays. Nous sommes efficaces mais nous tenons à rester petits - je serai ravi si d'autres s'inspirent de ma démarche pour produire les mêmes machines. D'ailleurs elles ne sont pas brevetées et j'encourage les gens à les copier. A chaque fois que je fais quelque chose, je me demande si cela va augmenter la richesse des pauvres et réduire celle des riches... et il faut que la réponse soit positive dans les deux cas. Vous savez, les grosses entreprises et les multinationales ne peuvent survivre qu'en créant des monopoles et ce n'est possible qu'avec le soutien des gouvernements.

 Pressoir Tinytech


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Pouvez-vous nous expliquer pourquoi vous avez baptisé vos usines “temples de yoga” ?

La première s'appelle effectivement “Prayog Mandir” (ou Temple de yoga avancé) et la seconde “Udyog Mandir” (ou Temple de yoga très avancé). Quand vous pratiquez le yoga, vous le faites pour vous, ça vous fait du bien, c'est très bien et c'est le premier niveau du yoga. Le niveau suivant c'est quand vous prenez conscience que toutes les activités devraient être faites pour le bien-être de toute la société et pas que pour vous. Dans nos usines, nos activités permettent à des gens fragilisés par cette énorme machine économique d'être plus autonomes, de prospérer, c'est le yoga de l'action !

 

Quelle est votre expérience avec le solaire ?

J'ai commencé à m'y intéresser il y a une dizaine d'années car j'ai pensé qu'une révolution solaire serait la plus grande révolution énergétique jamais connue  puisque le soleil dispense équitablement son énergie sur le globe ! L'énergie solaire ne peut pas être centralisée, aucun monopole n'est possible ! A l'époque, je ne m'y connaissais pas trop alors j'ai contacté W. Scheffler (3) qui est venu ici, à Rajkot et j'ai beaucoup appris de lui. Son réflecteur solaire est formidable, puissant et très utile pour des communautés par exemple, mais il reste assez complexe à construire et à régler, donc pas à la portée du tout venant. J'ai décidé de mettre au point un petit cuiseur solaire collectif. Nous en avons à ce jour vendu 300 en Inde et nous en exportons dans 25 autres pays. Mais pendant tout ce temps, j'espérais que quelqu'un allait un jour trouver le moyen de produire de l'énergie solaire de manière simple et à bas prix pour produire de la vapeur par exemple... Et cela semble être le cas avec le “Ravi Raj 100” que nous mettons au point en ce moment.


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Vous êtes impliqué dans beaucoup de causes sociales et vous avez également écrit des pamphlets sur divers sujets comme la Constitution indienne, l'économie, l'importance culturelle du sari. A votre avis, où en sont l'Orient et l'Occident?

Je pense que l'Europe est devenue victime du gigantisme. En Europe, et peut-être aussi en Amérique du Nord, beaucoup de gens comprennent que quelque chose ne va pas et tentent d'aller vers autre chose. Mais c'est très difficile et je crois que l'Inde est intéressante pour les européens car ici, le pays est encore très décentralisé, ici tout existe encore à petite échelle. Par exemple, à Rajkot même, un millier de moulins vous permettent d'aller moudre vos grains pour avoir votre farine, le lait frais est livré chaque matin et les gens ont gardé l'habitude de faire leurs stocks de vivres pour une année. L'Inde possède une clef mais malheureusement, notre gouvernement est esclave de ce modèle de gigantisme car nos élites sont éduquées en Occident. Par conséquent, la pauvreté et le chômage augmentent ici aussi ! Je pense que l'Orient est complètement capable d'avance, de créer son propre développement, nous devons y croire et améliorer dans notre culture tout ce qui peut l'être, comme la position des femmes par exemple. Ce que nous devons apprendre de vous nous devons l'intégrer dans nos propres termes et ce que l'Occident doit apprendre de nous c'est la leçon de sagesse contenue dans la pensée de Mahatma Gandhi : retrouver la beauté de la simplicité.

 

(1) Ahmedabad était la capitale du Gujarat avant la construction de Gandhinagar dans les années 1960. Cet état n'était qu'un district avant l'Indépendance de l'Inde en 1947 et dépendait de Bombay. (2) Ville de 1,43 millions d'habitants. (3) Inventeur des premiers réflecteurs en cuisine solaire


Eva Cantavenera est journaliste-freelance.
Elle participe au projet www.naturalwriters.org
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