
L'un est ingénieur, chercheur, professeur et journaliste, membre du Conseil National de la Confédération Suisse. L'autre se consacre aux questions politiques et philosophiques en relation avec la nature et l'environnement : il a dirigé le WWF Suisse avant de devenir Secrétaire d'Etat Suisse à l'environnement. Jacques Neirynck et Philippe Roch sont donc deux experts indiscutables dans leur domaine.
Les Editions Jouvence ont eu l'idée de les réunir pour confronter leurs points de vue sur les OGM dans le livre "OGM, pour ou contre ? Le débat". Jacques Neirynck défend le pour, Philippe Roche défend le contre. Et chacun d'entre nous peut alors se forger son opinion de la manière la plus indépendante possible. Une idée lumineuse pour un sujet pour le moins compliqué. Le point pour vous y retrouver.
Cet article a été écrit en collaboration avec les Editions Jouvence.
- Qu'est-ce qu'un OGM ?
"Par organisme génétiquement modifié, on entend tout organisme dont le matériel génétique a sui une modification qui ne se produit pas naturellement, ni par multiplication, ni par recombinaisons naturelle" précise la Loi Suisse. Pour obtenir une telle modification, il existe plusieurs méthodes, celle du bombardement, du choc électrique, des vecteurs, des virus... "Ce qui est particulier avec ces techniques, c'est que l'on force la nature à accepter du matériel génétique provenant parfois d'espèces pour lesquelles elle-même n'offrirait aucune chance de contact, et sans même lui donner le temps de s'adapter", explique Philippe Roch. "Mais, l'homme n'est-il pas lui même un phénomène naturel ? D'autant que l'agriculture n'a cessé de produire de manière plus ou moins naturelle ou artificielle toutes sortes d'OGM. L'homme peut-il laisser libre court à son penchant pour l'innovation ? En toute responsabilité, cela va de soit ", réplique Jacques Neirynck.
- Les applications scientifiques et industrielles des OGM
L'industrie pharmaceutique utilise des organismes génétiquement modifiés pour produire des substances complexes : cela peut être de l'insuline pour les diabétiques, des hormones de croissance ou des facteurs coagulants pour les personnes hémophiles. Ainsi que des antigènes pour réaliser certains vaccins. Des recherches portent aussi sur des plantes ou des micro-organismes génétiquement modifiés permettant d'éliminer certains polluants de notre environnement. "Si les produits pharmaceutiques fabriqués par le génie génétique ne contiennent plus le matériel génétique qui les a produit, sans aucun risque de contamination, alors c'est formidable, reconnaît Philippe Roch. Mais les problèmes peuvent commencer avec l'ingestion d'un produit génétiquement modifié, qui vont mettre mes propres cellules en présence d'ADN étranger". Son débateur est plutôt d'accord avec cette manière de voir : "Dans le premier cas, l'OGM sert à produire une molécule naturelle, il n'est qu'un intermédiaire. On peut effectivement se poser la question de l'innocuité dans le second cas, sans se précipiter sur la conclusion que c'est évidemment dangereux".
- La culture des OGM en plein champ
L'usage des OGM (obtenus par des méthodes artificielles bien différentes de celles utilisées depuis toujours par la tradition paysanne : sélection, croisement, bouture, greffe) dans l'agriculture est destiné à augmenter le rendement des cultures en les débarrassant des plantes parasites. On peut, par exemple, chercher à rendre une plante résistante à un herbicide, de façon à le débarrasser des mauvaises herbes puisque l'on peut répandre massivement cet herbicide sans risque pour la récolte.
L'objectif est également de créer une résistance de la plante à l'attaque par un insecte ou par un autre parasite, comme si elle contenait un insecticide permanent. Avec trois risques majeurs : la contamination des graines par l'insecticide ; la destruction d'insectes utiles ou inoffensifs ; le développement de résistance dans les insectes ravageurs pour pourront alors s'attaquer non seulement aux cultures OGM, mais aussi aux cultures conventionnelles ou biologiques.
Il peut s'agir enfin de chercher à produire des plantes génétiquement modifiées pour augmenter leurs qualités nutritives - on introduit par exemple de la vitamine A dans du riz doré -, pour améliorer leur capacité de résistance aux variations climatiques ou leur aptitude à pousser sur des sols salinisés.
Enfin, certaines plantes OGM permettent d'optimiser la production de matières premières pour l'industrie : c'est le cas d'eucalyptus peu riche en lignine, facilitant le processus de fabrication de la pâte à papier en réduisant l'utilisation des produits chimiques habituellement nécessaires.
"L'agriculture à base d'OGM peut donc constituer une voie d'avenir, pourvu que les décisions soient prises en vue du bien public et non de l'intérêt financier d'une entreprise, s'enthousiasme Jacques Neirynck. "ce qui est loin d'être le cas, puisqu'aujourd'hui même la recherche publique dépend du soutien des entreprises privées. Et l'utilisation d'OGM accentue encore la tendance du marché à réduire la diversité des produits pour se concentrer sur les plus rentables. L'exemple du riz doré est particulièrement signifiant : on y ajoute de la vitamine A, car des populations dont le riz est l'aliment principal en sont carencés et souffrent de problèmes de vue. Or ces populations trouvaient autrefois en abondance cette vitamine dans les végétaux qui poussaient autour des rizières et dans les forêts voisines. Espaces supprimés pour intensifier les cultures..."
- Les risques liés à leur culture comme à leur consommation
Toute nouvelle technique apporte sa dose d'incertitude, les OGM ne font pas exception. Nous avons évoqué le risque de résistances aux insecticides naturels, mais il n'est pas le seul. Il est possible de parler de l'usage abusif des herbicides utilisés (puisque la plante est "immunisée") et donc de la dépendance du cultivateur à l'industrie agroalimentaire qui lui vend semence et herbicide, les risques de contamination pour les cultures sauvages ou vivrières, mais aussi pour le miel, des risques de toxicité pour les animaux non ciblés (abeilles, amphibiens, voire comme en Inde, des animaux domestiques), et enfin des risques pour la santé humaine(allergie, résistance aux antibiotiques), d'autant que des expériences en laboratoires ont montré des effets inattendus sur les organes - le foie et les reins - de certains animaux... Même si ces risques pour la santé ne sont pas les plus inquiétants.
L'un comme l'autre des protagonistes du débat ne pense néanmoins pas que le principe de précaution doit aboutir à une interdiction. Plutôt à une notion de vigilance, laquelle suppose la création d'une autorité à la fois compétente et indépendante, regroupant des experts de tous les domaines concernés et jouissant d'un certain pouvoir... "Car tant que le contrôle est effectué par ceux qui tirent des bénéfices directs de l'utilisation massive de la technique, on ne peut pas avoir confiance en leur réelle acuité de vigiles".
D'autant que l'argument des rendements est discutable. Dans de nombreux exemples, les cultures OGM ne produisent pas davantage que les cultures conventionnelles. Alors qu'il est possible d'avoir des cultures efficaces sans génie génétique, et sans risque de rendre la plante stérile, donc inapte à se reproduire. Il faut donc des lois pour encadrer tout cela, des lois, comme l'explique Jacques Neirunck, "qui n'interdisent pas tout, mais qui n'aurorisent pas tout non plus. Qui, sans s'accrocher à un principe de "non-brevetabilité" du vivant, dise dans quels cas et jusqu'où celui qui a créé une nouvelle espèce peut en tirer un bénéfice". Car la recherche est indispensable pour apprendre à utiliser intelligemment le génie génétique, mais elle doit être réalisée avec le maximum d'indépendance, à un certain niveau de risque acceptable, niveau sur lequel les deux spécialistes divergent nettement...
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