Elle fait trembler le landernau de la cosmétique avec ses avis impitoyables et toujours pertinents. Son "Guide des meilleurs cosmétiques"* classe tous les ans les produits de beauté et nous aide à faire notre choix entre ceux que l'on doit tester et ceux que l'on peut éviter. Et toute l'année, c'est sur son site web que l'on reçoit une information réellement indépendante à ce sujet. Laurence Wittner répond à nos questions.

TDM - D’où vous vient votre sensibilité aux valeurs écologiques ?
Laurence Wittner : Plus qu’à des valeurs écologiques stricto sensu, c’est plus globalement aux démarches de développement durable et de respect de l’environnement auxquelles j’adhère. Au point où nous en sommes aujourd’hui, je ne vois pas d’autre option qui puisse permettre de suffisamment préserver notre planète pour y assurer la survie de l’espèce humaine. Je ne le vis pas comme une position militante, mais plutôt comme une évidence, qui s’impose dès que l’on considère tous les impacts négatifs de notre développement sur notre environnement, sur les équilibres naturels et la biodiversité, sur notre santé, sur les disparités économiques et de qualité de vie entre les différentes régions du globe… C’est pour moi le seul point de vue « raisonnable » qui puisse permettre à notre monde de se projeter dans l’avenir.
TDM - De quelle manière y contribuez-vous aujourd’hui ?
L W : Dans ma vie personnelle, cela passe par des petits gestes citoyens quotidiens (le tri des déchets, la voiture souvent laissée au garage, l’entretien du compost pour le jardin, une consommation raisonnée pour privilégier les produits de proximité…).
Dans ma vie professionnelle, tout en gardant un positionnement objectif, et même si ce n’est pas mon rôle premier, je diffuse régulièrement des informations sur les impacts nocifs, tant sur l’environnement que sur la santé, de certains ingrédients cosmétiques. Je publie également des articles qui peuvent éveiller la sensibilité des lecteurs de L’Observatoire des Cosmétiques sur ces thèmes.
TDM - Etes-vous plutôt optimiste ou pessimiste pour l’avenir ?
L W : Je suis résolument optimiste ! L’optimisme est un très bon moteur. Comment agir sans optimisme, si on n’y croit pas au moins un peu ? Et puis, je pense aussi que cette évidence que je ressens ne peut que finir par s’imposer à tous… même si cela demandera sûrement encore un peu de temps.
TDM - Quel est votre sentiment par rapport à la politique écologique menée par le gouvernement français ?
LW : Aucune politique d’aucun gouvernement ne peut être à la hauteur des enjeux en la matière. Des politiques plus volontaristes, surtout au niveau mondial, seraient évidemment bonnes à prendre. Mais je pense qu’il faut d’abord une prise de conscience collective pour que les politiques n’aient plus qu’à suivre…
TDM - Si vous étiez ministre de l’écologie, quelle mesure phare prendriez-vous en priorité ?
L W : Je n’ai pas cette prétention ! Ni même certainement les capacités à l’être !
Mais je pense qu’un vaste programme d’information et d’éducation du public sur les thèmes environnementaux pourrait accélérer cette prise de conscience collective, et favoriser ensuite des actions plus concrètes, et à une plus grande ampleur.
TDM - Quel peut-être le rôle des médias pour faire avancer cette cause-là ?
L W : Les médias ont évidemment également un rôle très important dans cette optique s’ils diffusent une information claire et accessible au plus grand nombre…
TDM - Quels sont les renoncements que vous avez dû faire ?
L W : Je ne parlerais pas en termes de renoncements, plutôt de choix à effectuer, parfois d’autres réflexes ou habitudes à prendre. Je ne crois pas qu’on puisse bâtir un comportement durable sur un renoncement, qui suppose un manque ou des regrets. Mieux vaut des évolutions douces et bien assumées, autant dans les comportements que dans les opinions, que des changements radicaux brutaux qu’on risque de ne pas pourvoir « tenir » sur la durée.
TDM - Quelles sont les bonnes surprises que ce monde vous a apportées ?
L W : Si je parle de ce que je connais le mieux, c’est-à-dire le monde cosmétique, j’ai découvert quelques très jolies pépites dans les cosmétiques bio. Des produits vraiment agréables, efficaces… qui offrent une vraie alternative aux cosmétiques conventionnels et dans une éthique environnementale (et souvent aussi sociétale) bien plus satisfaisante. Ce n’est pas vrai de tous les cosmétiques bio, mais cela existe vraiment.
En alimentaire aussi, j’ai découvert quelques saveurs… très gourmandes, que je ne connaissais pas.
TDM : - Et les belles rencontres faites dans ce milieu ?
L W : J’ai rencontré plusieurs personnes qui m’ont impressionnées par la force de leurs convictions, et qui de ce fait, m’ont aidée à me forger les miennes.
Je pense en particulier à deux apiculteurs (forcément très sensibilisés aux impératifs écologiques qui sont les garants de la survie de leurs chères abeilles), et à un industriel de la cosmétique. Ils ont en commun à la fois leur total engagement environnemental et leur profond respect des autres, sans aucun extrémisme ni radicalisme (deux traits qu’on peut rencontrer assez souvent chez les personnes très convaincues…). Chez eux, ce sont simplement les plus belles valeurs humaines qui dominent.
TDM - A quoi pensez-vous lorsque vous êtes découragés ?
L W : À aller dormir ! Pour me réveiller avec à nouveau le plein d’énergie vitale ! Et les problèmes « décourageants » sont alors bien plus faciles à résoudre.
*Aux Editions Médicis. Chaque année, un jury d'expert réunissant toutes les compétences nécessaires à une bonne lecture des cosmétiques, établit un classement des "meilleurs" cosmétiques sur le marché, et ceux vers lesquels nous pouvons nous orienter en toute confiance.
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