
Christian Courtin-Clarins, président du directoire de Clarins, leader européen des produits de soin, sera présent aux Université de la Terre des 3 et 4 avril 2011 à l'Unesco pour débattre sur ce thème "Réconcilier l'esprit d'entreprise et l'esprit de partage".
Cet homme de coeur, engagé dans de multiples combats, ne pouvait que répondre favorablement à l'invitation de son ami François Lemarchand, organisateur de ces journées, sous l'égide de la Fondation Nature & Découvertes. Il nous explique pourquoi.
The Different Magazine - Pourquoi participer à un tel évènement ?
Christian Courtin-Clarins - Une longue amitité nous lie avec François (Lemarchand) : il est parvenu à être un homme d'affaires tout en s'impliquant beaucoup dans l'éducation vers un monde différent. Il appartient à cette génération d'hommes qui ont montré qu'en voulant faire autrement, on peut réussir et participer à un projet collectif qui a du sens. De mon côté, je suis convaincu que l'orsque l'on veut faire quelque chose, l'on s'en donne les moyens, et en particulier en tant que dirigeant d'entreprise. Nos routes devaient donc nécessairement se croiser sur un autre plan que celui de l'amitié.
TDM - Pourtant Clarins n'est pas une entreprise particulièrement bio...
CCC - Même si la priorité de Clarins a toujours été de faire des produits réputés pour leur efficacité et leur innocuité, au-delà du bio, nous sommes depuis toujours des passionnés des plantes et du naturel. Le nombre trop faible d'ingrédients existant en bio et surtout leur disponibilité quantitative nous limite encore, mais avec Kibio, nous proposons une ligne bio avec un taux très élevé d'ingrédients biologiques. Ce qui nous permet en plus de mettre notre expertise au service de nouvelles habitudes de formulation. Ainsi, la Crème Intemporelle de Kibio possède des qualités galéniques et offre un résultat sur la peau qui n'a rien à envier à une crème plus classique. D'ailleurs, même pour les produits Clarins, nous faisons le choix du bio si c'est possible, et sans le mettre en avant outre mesure. Il est bon de savoir que nous travaillons avec 500 matières premières naturelles versus 60 existantes en bio...
Il y a aussi autre chose : nous utilisons un grand nombre de plantes sauvages et pionnières (ces dernières sont les plantes qui poussent dans les milieux particulièrement difficiles, là où rien ne semble pousser. La nature se réinstalle dans des milieux extrêmes et montre sa phénoménale capacité de survie). Or ce type d'usage amène à une grande discipline (par rapport à la nature, mais aussi par rapport aux populations concernées...).
TDM - Cela ne doit pas être facile de concilier industrialisation et conscience de la nature...
CCC - Pourquoi le nier ? Je suis bien conscient d'être un industriel, mais mon interrogation permanente reste : comment vais-je faire pour polluer le moins possible ? Comment améliorer notre empreinte écologique ? Cela fait des années que nous avons interdit les sacs en plastique à notre nom, que nos cantines en Asie ne proposent plus de soupe aux ailerons de requin et en Europe, c'est le thon sur lequel nous avons mis une croix. Nous avons choisi des voitures de société peu gourmandes en CO2, avons fait de la promotion pour des vélos... C'est une réflexion permanente. Depuis 1985 où nous nous sommes engagés avec Alpaction dans la préservation du plus grand écosystème européen dans les Alpes, nous cherchons toujours à nous faire au mieux. Quand on travaille avec les plantes, qu'on les aime, on s'intéresse de fait à la biodiversité et l'on souhaite la protéger. Alors on se demande pragmatiquement : comment faire ? Et l'on fait.
TDM - La conférence traite de l'esprit de partage, qu'est-ce que cela évoque pour vous ?
CCC - De la même manière, l'esprit de partage a toujours existé dans notre entreprise. En 1964 déjà, bien avant la loi, mon père avait créé la participation pour les salariés. C'était précisément dans cet esprit de partage. Il appartient donc à l'ADN de la marque. Une fois encore, nous nous interrogeons : nous sommes une entreprise qui réussit très bien, comment partager ? Cela passe par des relations spécifiques avec nos collaborateurs, l'achat de matières premières par le commerce équitable, le choix de nos fournisseurs selon une éthique très précise, concernant aussi bien le travail des enfants que le non-usage de certains polluants... Nous souhaitons autant que faire se peut apporter quelque chose, que ce soit une école, des adductions d'eau... Mais il est vrai que mon obsession reste l'éducation, celle des filles en particulier, car elle constitue l'une des clés pour ralentir la natalité sur la Terre.
TDM - De l'écologie à l'éducation, vous semblez impliqué dans de multiples domaines finalement...
CCC - Je considère que ce n'est pas de s'enrichir qui est malsain, mais de ne pas savoir partager cet enrichissement. D'où l'importance de cette notion de partage. Nous travaillons donc en permanence avec des associations, des ONG, avec le prix de la Femme Dynamisante par exemple. C'est vrai, notre préférence va davantage aux petites structures où l'on connaît les gens et l'on voit ce que l'argent va devenir. Mais tous les cas, quand on est impliqué, il faut y aller avec son coeur. On peut faire des erreurs, on n'y échappe pas, mais ce n'est pas le plus important... Aujourd'hui, si l'on ne change pas, si le monde ne change pas, nous allons tout droit à la catastrophe. Autant faire de cet impératif, une opportunité.
Le développement durable, dans toutes ses dimensions, est aujourd'hui incontournable. Alors ici aussi, nous nous impliquons. Qu'il s'agisse de l'achat de nos matières premières, de la création de nouvelles infrastructures, de replanter des arbres, nous allons dans cette direction. Nous privilégions l'écoute et le bon sens, le respect de ce qui nous fait vivre. Ce qui nous amène à être créatif, ce qui est donc très positif....
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