Nous ne sommes pas égaux face au temps qui passe. Alors que certains paraissent plus jeunes que leur âge, d’autres semblent accuser le coup des années.
Aujourd’hui, la science dispose de moyens pour nous aider à réussir notre vieillissement. Et considère dorénavant que vieillir n’est pas une fatalité.
En un siècle, nous avons gagné environ trente ans d’espérance de vie (1). Vieillir est donc un phénomène relativement nouveau.
On estime souvent qu’un être humain commence à être « vieux » vers 60-65 ans. La réalité est bien plus complexe : le vieillissement humain commence dès 18 ans. Il évolue ensuite différemment, selon le patrimoine héréditaire de chacun, son passé médical et son environnement.
Si les médecins distinguent maladie et vieillissement, ils cessent de se pencher exclusivement sur la première pour apprendre à mieux appréhender le second. C'est le cas du docteur Christophe de Jaeger, gérontologue, qui mène depuis des années une réflexion sur le vieillissement et les moyens de le limiter dans sa clinique spécialisée (2). Pour lui, vivre vieux tout en vivant mieux, c'est possible ! Rencontre avec un homme plein d’optimisme.
- Pourquoi chercher à prévenir le vieillissement de vos contemporains ?
"Aujourd’hui, la médecine s’occupe du vieillissement lorsqu’il y a problème. C’est-à-dire lorsque la maladie apparaît. Au contraire, ici, nous nous intéressons à ce qu’il y a en amont, avant que ces problèmes ne se posent. Dans les faits, le vieillissement est un processus lent et insidieux. Certains de ses effets ne deviennent mesurables qu’après avoir provoqué des dommages sérieux. Les conséquences de l’artériosclérose, par exemple, se manifestent rarement avant 50 ans. Pourtant, les lésions artérielles apparaissent souvent dès 20 ans.
Si on a longtemps considéré qu’un tel processus de dégradation physiologique était inévitable, des études récentes montrent au contraire qu’il serait possible de vieillir sans pertes fonctionnelles excessives ! C’est ce à quoi nous nous attachons. Pour accéder à une vraie prise en charge du vieillissement et sortit des tabous qui l’entourent, il faut comprendre que le vieillissement n’a rien à voir avec la gériatrie. A partir de 18-20 ans, on est déjà en plein dedans !"
- Il n’y a pas des âges où l’on se sent plus concerné ?
"Bien sûr ! A cinquante ans, c’est le grand virage. Chez les femmes, c’est évident. Chez les hommes, on n’assiste pas à des modifications physiologiques aussi nettes.
Et pourtant ! Entre 20 et 50 ans, ils perdent environ 50% de leur testostérone, lequel constitue leur carburant de base pour agir, se concentrer, se sentir en forme. Les hommes s’en rendent bien compte : En vieillissant, ils sont alors obligés de mettre en place des stratégies pour arriver à masquer leur lacune. Certains consultent alors, mais le médecin de famille n’a rien à leur proposer, car physiologiquement parlant, il n’y a pas d’anomalie: Ils finissent par se résigner."
- Quel est la différence entre âge chronologique et âge biologique ?
"Notre âge chronologique est déterminé à partir de notre date de naissance et notre âge physiologique reflète l’état exact de notre corps à ce même moment. Bien sûr, âge physiologique et âge chronologique peuvent correspondre ; pourtant, une telle concordance est rare.
On rencontre souvent des gens qui ne font pas du tout leur âge : ils paraissent plus jeunes ou plus vieux. L'âge physiologique n’est pas facile à évaluer, car il dépend de nombreux facteurs. Certains tests peuvent donner une fourchette d’estimation intéressante, mais seuls quelques centres au monde sont capables de le chiffrer avec une précision d’horloger."
- Qu’est-ce qui poussent les gens à venir vous voir ?
"Ils nous disent qu’ils ont envie de vieillir différemment. Cela n’a rien à voir avec un quelconque syndrome américain où le désir de jeunesse éternelle semble poussé à son paroxysme, juste le désir d’optimiser leurs capacités. Ils sentent bien que leurs muscles sont moins puissants, leurs articulations plus raides. Ils veulent voir s’il est possible de faire quelque chose, tout simplement."
- Que leur proposez-vous ?
"D’abord, on fait un bilan au cours duquel tous les grands systèmes de l’organisme sont étudiés à la loupe. Etat osseux, artériel, cardiaque, respiratoire, neurologique, hormonal, sanguin… Tout est mesuré, calculé, évalué, durant une demi-journée. Par exemple, notre « capacité vitale forcée » est la quantité d’air que nous pouvons expirer rapidement après une inspiration très profonde : elle s’apprécie grâce à un spiromètre et reflète l’état de l’ensemble du système respiratoire et elle s’est d’ailleurs révélée comme étant le meilleur test prédictif de l’espérance de vie (3).
Au final, on obtient un ensemble impressionnant de paramètres – entre trois cents et quatre cents - qui permet aux équipes médicales de faire « un véritable état des lieux » de la personne. Nous l’interrogeons bien sûr aussi sur les facteurs de risques familiaux, et nous obtenons alors un profil extrêmement précis de son état de santé à ce moment donné. Par contre, si nous détectons un vrai problème, nous l’envoyons dans le circuit médical. Dans la majorité des cas, une fois le constat dressé, une prise en charge globale peut commencer."
- Comment cette prise en charge se déroule-t-elle ?
"Nous donnons des conseils pour améliorer le mode de vie des gens selon quatre axes.
- L’alimentation pour vivre mieux
La première chose à faire serait de manger moins : la restriction calorique est la seule intervention qui soit réellement efficace pour maintenir jeune plus longtemps de façon significative des animaux de laboratoire et augmenter leur durée de vie maximale.
Son principe est simple : il s’agit de diminuer les apports caloriques en évitant soigneusement les carences en nutriments essentiels. La règle à suivre serait de se souvenir du poids de ses vingt-cinq ans et de chercher à peser de 10 à 25 % au-dessous de ce poids de référence. En consommant 1800 calories par jour, la perte de poids se fait en douceur sur plusieurs mois. En revanche, les aliments doivent être d’une qualité nutritive irréprochable. L’impact est certain sur la pression artérielle, le cholestérol et l’état global de santé du patient… Plus aléatoire sur les capacités intellectuelles, le système immunitaire ou l’espérance de vie.
- La supplémentation pour résister
Je constate quotidiennement des carences impressionnantes en nutriments. Ainsi, neuf de mes patients sur dix sont carencés en vitamine C au moment du premier test. Intuitivement, on sent bien qu’il nous manque quelque chose et l’on a tendance à se supplémenter au petit bonheur … Pas vraiment efficace ! La seule solution consiste à faire réaliser ses cocktails de nutriments sur mesure en fonction des tests sanguins. En plus, de tels compléments alimentaires sont beaucoup moins chers que ceux que l’on trouve tous prêts dans le commerce. Et l’on consomme un produit qui nous convient vraiment.
- Le mouvement pour la vitalité
On connaît la solution : trois fois vingt minutes d’exercice physique par semaine, en faisant un effort continu susceptible d’augmenter sa fréquence cardiaque : course, vélo, natation… Ou bicyclette d’appartement.
A noter toutefois : les expériences animales ont clairement montré que si l’activité physique améliorait l’état de santé, elle ne contribue pas à l’allongement de l’espérance de vie. Enfin, il est important d’insister sur la nécessité impérative d’une surveillance médicale adaptée avant la reprise de toute activité sportive.
- Les hormones pour compenser
Le point commun de toutes nos hormones : elles diminuent avec l’âge. Il faudrait donc supplémenter là où il y a carence. Je cherche juste à rééquilibrer chaque personne de manière prudente et progressive grâce à un apport d’hormones d’origine naturelle. Une telle médication est très contestée en France, voilà pourquoi nous privilégions le dépistage et le suivi de nos patients pour qu’elle se déroule dans un contexte le plus sûr possible.
- Que se passe-t-il une fois que la personne a appliqué ce protocole ?
Un an plus tard, on refait les tests pour déterminer à nouveau son âge physiologique. Il est alors facile de voir si les choses ont évolué dans le bon sens et si les résultats sont à la hauteur de nos promesses, si l’état osseux ou artériel s’est par exemple amélioré. Mais, en général, les gens se rendent compte des changements bien avant. Ils se sentent nettement mieux, ils sont moins fatigués, ils ont davantage de goût à faire les choses, à vivre tout simplement. Certains parlent de renaissance...
1- En France, l’espérance de vie est de 84,5 ans pour les femmes et de 77,6 ans pour les hommes ; En Belgique, elle est de 81,7 ans pour les femmes et de 75,8 ans pour les hommes ; Au Canada, elle est de 82,6 ans pour les femmes et de 77,8 ans pour les hommes ; et en Suisse, elle est de 82,8 ans pour les femmes et de 77,2 ans pour les hommes.
2- C’est le cas de l’Institut européen du vieillissement à Paris. T. : 01 42 30 59 96. Le programme complet proposé coûte environ 2000 euros, payables en plusieurs fois si nécessaire (www.vieillissement.org ).
3- Etude de Framingham.
Entre âge réel et âge vécu
On se sent souvent plus jeune que son âge. Nous en avons demandé à la psychothérapeute Michèle Freud de nous expliquer pourquoi.
« Il existe en effet un décalage de dix à quinze ans entre l’âge que l’on a vraiment et la perception que l’on a de soi. L’une des raisons en est peut-être que notre cerveau vieillit moins vite que notre corps : il accuse plus tardivement les marques du temps dans son fonctionnement, il a donc du mal à appréhender le vieillissement du reste de l’organisme.
Ensuite, il est clair que nous assistons à un processus de déni généralisé : l’idéal de jeunesse étant tellement dominant dans notre société, que l’on refuse de voir l’image de notre miroir dès qu’elle ne correspond plus aux normes ambiantes. Si cette forme de honte du vieillissement concerne davantage les femmes que les hommes, c’est bien parce que celles-ci sont censées incarner un idéal social de beauté. »




